REMÈDES ET POISONS

CRITIQUES ANARCHISTES, DÉCOLONIALES ET ÉCOFÉMINISTES DE L’ÉTAT ET DES INDUSTRIES PHARMACEUTIQUES EN PÉRIODE COVID



Chapitre 1 :

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Nous sommes beaucoup à l’avoir dit, écrit, crié: la crise du COVID 19 qui s’est déclarée mondialement au début de l’année 2020 n’est pas simplement liée à une épidémie: c’est une crise globale à la fois politique, sociale, économique et écologique. Face à ce virus, un grand nombre de nations occidentales ont répondu par des mesures d’enfermement, de contrôle, de surveillance et de coercition au mépris des libertés les plus essentielles. En France, depuis la déclaration de guerre au virus prononcée par Macron le 16 mars 2020, ces mesures ont instauré un climat d’anxiété, d’angoisse et d’incertitude en nous isolant les un·es des autres, en portant des coups implacables aux mouvements sociaux et aux critiques politiques.

Les formes de pouvoirs qui s’affirment à la faveur de la pandémie s’exercent directement sur nos vies, sur nos corps, sur nos communautés. Le philosophe Michel Foucault avait déjà identifié ces formes de politiques publiques en leur donnant un nom: c’est la biopolitique, une puissance d’oppression qui cherche à contrôler les corps vivants, notamment dans le champ de la santé publique. Si des mesures oppressives comme le pass sanitaire touchent l’ensemble de la population, en tant que féministes, en tant que queers, en tant que personnes racisées, en tant que personnes précaires et marginalisées, nous sommes particulièrement touché·es par ces politiques de contrôle. Parce que nous luttons contre des systèmes d’oppression imbriqués, nous avons des clefs de compréhension de cette crise autant que des outils pour résister et se révolter.

Nous faisons partie de groupes qualifiés de racialistes, de féminazies, de violent-e-s utopistes, d’homosexuel-le-s détraqué-e-s, de connards et connasses de hippies, islamo-gauchistes et d’autres noms d’oiseaux tandis que nous réclamions des droits et dénonçions les discriminations. Ces accusations qui donnent lieu à des stigmatisations et des mises à l’écart matérielles et conséquentes dans nos vies quotidiennes ne nous ont pas empêché de continuer une critique systémique, celle de l’Etat, du nationalisme, de l’impérialisme culturel et économique, du marché global et de l’idéologie libérale. C’est dans cette continuité que nous analysons et appelons à agir contre le système libéral en marche et la désinformation mortifère.

Nous écrivons, car nous ne trouvons pas le contexte idéal pour échanger sur ce qui nous tombe sur le coin de la gueule. Nous écrivons car nous nous étonnons de l’absence de critique des mouvements de gauche. Les critiques que nous lisons de la part de nos « camarades » sont celles envers le pass sanitaire, mais jamais envers la panacée qu’il oblige, le vaccin. Pourtant, l’un ne va pas sans l’autre. Si l’obligation est si violente, c’est parce que la mixture est louche. Nous critiquons évidemment le pass sanitaire, mais ici nous voulons élargir cette critique à l’obligation vaccinale. Nous dénonçons le système vaccinal en lien direct avec une gestion libérale de la médecine et les pratiques destructrices des industries pharmaceutiques qui n’en sont pas à leur coup d’essai. Le vaccin en lui-même est une stratégie économique parmi d’autres, un choix politique qui témoigne d’une direction autoritaire, liberticide et marchande. Choisir le vaccin au détriment volontaire du soin relève d’un certain rapport à la médecine, d’une gestion de masse déconnectée des savoirs sur le corps et la nature.

Les mois s’écoulent, les gens s’adaptent à l’oppression, baissent la tête, ferment leur gueule, même celles et ceux qui jusque là portaient des critiques radicales anticapitalistes et écologistes. Face à l’ignorance et à l’opacité fabriquées par les gouvernants, face au mépris des connaissances scientifiques les plus élémentaires, face à la puissance marketing des laboratoires pharmaceutiques et face aux discours simplistes et dangereux de leurs pantins dans les médias, nous sommes beaucoup à nous taire parce que nous avons peur d’être stigmatisé·es, exclu·es, méprisé·es, moqué·es autant par le pouvoir, que par nos proches ou nos camarades. Est-il même possible de critiquer le gouvernement, le marché pharmaceutique, les politiques de santé publique et le système vaccinal sans être (qualifié-e) de « complotistes » ou de « sectaires » ?

Nous écrivons à défaut de pouvoir converser sans être étiquetées de conspirationnistes. Le problème avec cette étiquette est qu’elle renvoie dans la case des illuminé-e-s dont tous les arguments sont disqualifiés. Elle empêche de parler. Elle tue la messagère. Nous n’aimons pas être silenciées. C’est ainsi qu’on dirige l’opinion en démocratie libérale. Il y a des choses bonnes à dire et d’autres à ne jamais dire, et la majorité des individus ne comprend pas vraiment pourquoi, mais elle se plie sous le poids de la masse. Comme il y a eu des Charlie et des Pas-Charlie. Il y a des bons et des mauvais citoyens. Il y aurait à présent deux catégories insolubles : les pro-vaccins et les anti-vaccins. Ces oppositions binaires n’ont rien à voir avec nos expériences, mais elles renvoient à une histoire, à des idéologies et des politiques de santé qu’il est intéressant de détailler pour mieux comprendre dans quel marasme nous nous débattons.

Les mouvements de résistance à l’obligation vaccinale sont anciens, aussi anciens que les volontés politiques de soumettre des populations et des minorités. L’histoire de ces luttes sociales liant classe, race et genre a été discréditée et enterrée par les discours dominants. Nous avons l’habitude des stratégies de silenciation, mais rappelons que les personnes qui critiquent le système de vaccination ne sont pas automatiquement des illuminé-e-s d’extrême droite. La séparation vacciné/anti-vaccin est une construction médiatique. Beaucoup de personnes ne se vaccinent pas par plaisir, mais sous la menace, pour garder leur emploi et continuer à mener une vie à peu près décente. Si certaines personnes ont confiance en l’Etat et la médecine, pour nous, cette confiance absolue tient de l’idéologie et du dogme. Aucun fait ne mérite d’avoir une telle confiance, bien au contraire.

Nous avons le droit légitime de nous poser des questions. Et d’avoir des réponses dénuées de mensonge. Les décisionnaires n’ont fait preuve que de mépris face aux interrogations du peuple et celles du personnel de santé en particulier, qu’ils soient infirmières, aides soignantes, médecins, chercheur-ses. Le peuple est infantilisé. Et le contexte politique actuel – l’état d’urgence qui n’en finit plus – ne nous permet pas d’avoir accès à des informations fiables de manière aisée. Dans ce contexte, ce n’est pas bien compliqué de trouver des gens, même d’autres bords politiques comme la boulangère, le voisin complotiste ou tatie Suzette qui sont contre la politique du gouvernement. Cependant, la critique des industries pharmaceutiques et de la libéralisation de l’état font partie des critiques féministes, anarchistes et décoloniales. C’est dans ces lignées que nous nous inscrivons. Même s’ils se présentent comme anti-systèmes, les conspis de droite, utilisés comme des épouvantails par les médias, ne le sont pas dans les discours et dans les pratiques. Tandis que la gauche critique l’organisation du système financier global dans les mains d’une classe qui exploite les pays du Sud, par exemple, les partis de droite vont laisser exploser leur antisémitisme en accusant la main-mise des juifs et des francs-maçons sur les banques, pour ensuite, introduire l’échec du « multiculturalisme à la française » et la détonante théorie du choc des civilisations, du grand remplacement puis glisser vers une panique morale à l’encontre des émancipations féministes et LGBT. Nous sommes loin de ces analyses ! Alors, comment critiquer la vaccination sans tomber dans le panneau réactionnaire?

Freiner les connaissances en utilisant la science contre elle-même est une stratégie industrielle courante, utilisée par la plupart des laboratoires pharmaceutiques pour commercialiser des médicaments dont la toxicité est mise en cause par exemple. Contre cette fabrique de l’ignorance, alors que toutes les bouches qui s’opposent et critiquent à partir de leurs positions dissidentes sont censurées et silenciées, nous avons décidé de parler et de dénoncer. Parce que le savoir c’est le pouvoir, comme l’avaient hurlé les séropositifVes et les militant·es en lutte contre les politiques publiques assassines menées dans le cadre de l’épidémie du sida. Nous n’avons pas oublié les politiques sanitaires assassines du passé et nous en tirons des leçons pour dénoncer le présent.



Chapitre 2 :

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Avant de parler de la crise du COVID 19 en particulier, il est important de synthétiser les critiques anticapitalistes du domaine de la santé, devenu dans la deuxième moitié du XXe siècle l’industrie la plus lucrative à l’échelle mondiale. À titre comparatif, un géant capitaliste tel que l’industrie pétrolière engrange entre 3 et 5% de bénéfice net selon les années. L’industrie du médicament récolte elle entre 20 à 25 % de bénéfice net, des gains absolument vertigineux. Sur le site de Pfizer, premier distributeur du vaccin contre le Covid en France, on peut lire « Chez Pfizer, nous mobilisons toutes nos ressources pour améliorer la santé et le bien être à chaque étape de la vie. Nous recherchons la qualité, la sécurité et l’excellence dans la découverte, le développement et la production de nos médicaments en santé humaine. » Est-ce que l’objectif de cette industrie est la bonne santé des populations? Est-il compatible avec la recherche du profit? Comment fonctionne cet empire financier?

Pour commencer, l’une des croyances les plus tenaces, encore aujourd’hui, est que le capitalisme est synonyme de santé. On apprend à l’école que ce système économique a permis les plus grandes avancées médicales depuis la révolution industrielle. La richesse et le profit seraient les conditions nécessaires au progrès, car les riches s’empresseraient d’investir dans la santé pour faire avancer la société dans son ensemble. Les riches nous voudraient du bien et c’est grâce à eux que nous bénéfiçions de soins au top. Rien de plus faux. Comme l’explique Colin Leys dans l’ouvrage collectif Santé et capitalisme (2020), si depuis le XIXe siècle en Occident et dans certains pays colonisés, un nombre très important de maladies mortelles ont pu être traitées et si ces soins ont pu être rendus accessibles aux plus pauvres, on le doit notamment aux politiques hygiénistes qui ont fourni des égouts, des réserves d’eau potable ou encore des logements moins insalubres à la population. Or ces biens publics ont été très peu soutenus par les marchés capitalistes, dont les acteurs ont beaucoup rechigné à payer des taxes pour les égouts ou à financer le logement des ouvrier·es par exemple. Enfin, les plus grandes avancées, comme la sécurité sociale en particulier, on été gagnées grâce aux luttes sociales, notamment celles des travailleur·euse·s et de leurs syndicats, pour un accès égalitaire aux soins.

Un autre mythe très courant affirme que le capitalisme a augmenté l’espérance de vie, la meilleure dans les pays du « Nord ». Pour l’économiste américain Richard Easterlin, au contraire, dans les pays qui connaissaient la plus grande croissance économique, l’espérance de vie a stagné tant que les États n’ont pas pris de mesures sociales. Là encore, dans l’Angleterre du XIXe siècle, la Chine des années 1950, ou au Kerala dans les années 1970, par exemple, la santé physique s’est améliorée à la faveur des mesures préventives prises collectivement aussi bien qu’au moyen d’une recherche médicale non orientée vers le profit financier. A contrario, depuis que la santé est devenue un enjeu clef du système néo-libéral, les inégalités en matière de santé sont grandissantes, écartant du soin les personnes les plus marginalisées. Ainsi, « dans certains des pays les plus riches, l’espérance de vie des pauvres peut être inférieure de dix voire de vingt ans à celle des plus aisés » (Colin Leys, 2020, p. 11). À l’opposé des luttes sociales pour que les avancées médicales bénéficient à toutes et à tous, la santé est rapidement devenue un enjeu capitaliste, dont l’objectif n’est pas un système de santé universel mais de faire des profits toujours plus importants. Dans son article, Colin Leys souligne avec Marx que « [La lutte des classes] sonna le glas de l’économie scientifique bourgeoise. La question n’était plus de savoir si tel ou tel théorème était vrai, mais s’il était utile au capital ou nuisible. […] La recherche désintéressée fit place au mercenariat, à l’innocente investigation scientifique succédèrent la mauvaise conscience et les mauvaises intentions d’apologistes » (Karl Marx, Le Capital, 2009, p. 12). Les pensées féministes et décoloniales ont depuis largement remis en cause le mythe d’une science « innocente », « neutre » et « objective » (le savoir scientifique est toujours situé comme le montrent Sandra Harding et Donna Haraway, c’est un point de vue sur le monde qui est subjectif), mais Marx avait bien vu les dérives qui s’annonçaient.

Aujourd’hui, les médicaments et les soins de santé sont envisagés comme des produits commerciaux par les industries pharmaceutiques qui ne privilégient pas les produits qui soignent le mieux, mais ceux qui rapportent le plus d’argent. Pour s’étendre et accroître leurs profits, celles-ci influencent les politiques publiques de santé du monde entier, en y consacrant une part importante de leur budget, permettant notamment de se payer le soutien promotionnel d’épidémiologistes, de médecins, de pharmacologues, de ministres, etc. Le marché n’est cependant pas infini. L’une des stratégies marketing est alors d’inventer des maladies qui n’existent pas ou de pathologiser des états ordinaires. C’est le marketing de la dépression et des troubles bipolaires par exemple, le marché des « troubles érectiles » ou encore celui du yndrome dysphorique prémenstruel, une nouvelle « pathologie » qui visait à repositionner sur le marché le Prozac, un anti-dépresseur qui ne rapportait plus assez, mais on peut aussi citer le Zoloft des laboratoires Pfizer, marketé pour soigner les troubles obsessionnels compulsifs des enfants et des adolescent·es  (sur ces sujets voir entre autres Nicole Delépine, La face cachée des médicaments; Mikkel Borch-Jacobsen (éd.), Big Pharma, une industrie toute puissante). Parmi les scandales les plus graves, il faut évidemment citer le Médiator (groupe Servier), un médicament « coupe-faim » dont le laboratoire a dissimulé les effets cardiaques et pulmonaires (causant environ 2000 morts et de nombreux malades) ou encore le Distilbène, une oestrogène de synthèse qui a été prescrite à 200 000 femmes enceintes en France entre 1948 et 1977 pour prévenir les fausses-couches, et qui a provoqué des malformations génitales, cardiaques et de l’œsophage ainsi que des problèmes gynécologiques graves sur plusieurs générations, au point qu’on parle des « enfants » et des « petits-enfants Distilbène ». Dans la même veine, il y a eu le Dépakine de Sanofi, prescrit aux personnes souffrant d’épilepsie et de troubles bipolaires, à l’origine de malformations congénitales sur le foetus. Il peut s’écouler des années voire des décennies avant de stopper la vente d’un médicament aux effets délétères. Au final, l’amende est négligeable au regard des bénéfices obtenus pendant des années, c’est pourquoi les procès ne « refroidissent » guère les industries pharmaceutiques, qui en sortent gagnantes. Cela démontre aussi les importants dysfonctionnements de nos systèmes de pharmacovigilance, qui ne nous protègent pas.

Dans le cadre de la crise du COVID 19, les laboratoires qui commercialisent les vaccins conservent ainsi une excellente crédibilité dans les discours gouvernementaux et médiatiques, à grands coups de campagnes de communication, et ce malgré les affaires d’escroquerie, de corruption et d’homicides dits « involontaires » qu’ils traînent derrière eux. En 2018, un rapport d’OXFAM dénonce les industries Pfizer, Merck & Co, Johnson & Johnson et Abbott qui transfèrent leurs bénéfices hors des pays où elles exercent leurs activités vers des paradis fiscaux, faisant perdre environ 3,8 milliards de dollars de recettes fiscales par an à 16  pays (dont la France, l’Allemagne, l’Italie ou les États-Unis). D’autre part, « ces entreprises portent atteinte à la santé des personnes les plus démunies en pratiquant des prix excessifs », à l’exemple de Pfizer qui vend son traitement contre le cancer du sein, le Paclitaxel, 276 dollars aux États-Unis et 912 dollars au Royaume-Uni (alors que son coût de production est d’environ 1,16  dollars!). Au vu de ces escroqueries et pratiques déloyales, n’est-il pas étonnant de constater que les États-Unis aient investi des milliards de dollars dans les projets de vaccins de Pfizer et BioNtech ainsi que de Johnson & Johnson? Si l’on se focalise sur Pfizer, AstraZeneca et Moderna, les trois grandes entreprises pharmaceutiques à avoir commercialisé le vaccin contre le covid, on s’aperçoit que ces firmes ont d’importantes casseroles aux fesses… nous ne citons que les affaires ayant fait l’objet d’enquêtes (ayant abouti ou non), donc la partie émergée de l’iceberg :

1/ PFIZER

  • en 1996, à l’occasion d’une épidémie de méningite et de rougeole au Nigéria, la firme a réalisé des essais thérapeutiques illégaux pour tester une molécule non encore homologuée, la trovafloxacine (Trovan), sur 200 enfants. Selon le dossier judiciaire, 11 enfants sont morts, tandis que d’autres souffrent de handicaps comme la surdité ou la cécité.
  • En 2009, trois employés de Pfizer sont contaminés par un virus synthétique, créé par les laboratoires de la société. Parmi eux, la biologiste moléculaire Becky McClain développe des symptômes importants: elle dénonce l’absence de sécurité au travail et les risques en termes de santé publique. En tant que lanceuse d’alerte, elle a obtenu gain de cause face à son licenciement abusif et aux tentatives du laboratoire de la faire taire, mais elle n’a pas pu démontrer que ses problèmes de santé était dus au virus créé chez Pfizer.
  • en 2009, Pfizer a été condamné à une amende record de  $ 2,3 milliards pour avoir tardé à retirer de la vente le Betrax, un anti-inflammatoire provoquant un accroissement des risques d’accidents cardio-vasculaires.
  • en 2012, la firme a été condamnée à une amende de 60 millions de dollars pour corruption de médecins et de représentants de gouvernement (en Chine, République tchèque, Italie, Serbie, Bulgarie, Croatie, Kazakhstan et Russie).
  • en 2016, dans le cadre de l’affaire Cahuzac, Pfizer est accusé d’avoir versé de l’argent à Jérôme Cahuzac, destiné « au financement d’activités politiques » au profit de Michel Rocard.
  • en 2018, l’Agence du médicament française a obtenu que la firme retire du marché français le Cytotec, un produit anti-ulcéreux utilisé pour l’IVG et le déclenchement artificiel de l’accouchement à terme, à l’origine de graves accidents, notamment une déchirure de l’utérus pouvant entraîner la mort de l’enfant ou de la mère.

2/ MODERNA

  • Plus jeune, fondée en 2010, la société de biotechnologie américaine Moderna a collaboré exclusivement à partir de 2013 et pendant cinq ans avec AstraZeneca pour développer et commercialiser des produits thérapeutiques à base d’ARN messager modifié. En juillet 2020, suite à la commercialisation, la capitalisation boursière du laboratoire atteint les 100 milliards de dollars. La valeur de l’action Moderna, Inc. a quadruplé pendant la pandémie, pour la fortune de ses actionnaires. Une enquête est ouverte auprès de la Securities and Exchange Commission pour de possibles délits d’initiés.

3/ ASTRA ZENECA

  • En 2013, la firme AstraZeneca a été mise en cause dans le cadre d’un scandale financier et industriel en Chine, celui de la multinationale GlaxoSmithKline (également engagée dans la course aux vaccins en 2020), soupçonnée d’avoir participé à des faits de corruptions de médecins et de responsables politiques.
  • En 2016, la société a été condamnée à une amende de 5.5 millions de dollars pour des faits de corruption de médecins et de responsables politiques en Chine et en Russie.
  • En 2018, AstraZeneca est soupçonnée par la Serious Fraud Office d’avoir fourni gratuitement au gouvernement irakien des médicaments et du matériel pharmaceutique, sachant qu’ils seraient ensuite revendus au marché noir pour financer des attaques terroristes.
  • En 2020, le choix de la société Shenzhen Kangtai Biological Products comme partenaire d’AstraZeneca dans la fabrication d’un vaccin contre le Covid-19, a posé des questions, cette société ayant été mêlée à un scandale sanitaire. Le vaccin est distribué en début d’année 2021 et banni quelques mois plus tard pour effets secondaires graves.

Chapitre 3 :

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Les flambées épidémiques sont nombreuses dans l’histoire, plus fréquentes à mesure que la concentration humaine et animale augmente. Souvent, les épidémies découlent de situations de crises, de déséquilibre, de stress, de détresse qui frappent en même temps un grand nombre de personnes. Mais c’est semble-t-il avec la modernité que sont apparues les pandémies, c’est-à-dire des maladies à la diffusion rapide et géographiquement très étendue (internationale), favorisées par le développement des échanges commerciaux et des migrations mais aussi par les guerres, la colonisation, la traite et l’esclavage.

Les rapports de violence et de dominations, les inégalités vitales et les désastres écologiques engendrés par le capitalisme partout sur la planète sont les conditions d’émergence des pandémies. En septembre 2020, dans la revue internationale de médecine The Lancet, son rédacteur en chef Richard Horton affirme d’ailleurs que le COVID 19 n’est pas une pandémie mais une « syndémie », c’est-à-dire « une maladie causée par les inégalités sociales et par la crise écologique entendue au sens large ». C’est une pandémie favorisée par l’industrialisation forcenée, le désastre écologique, la dégradation de l’état de santé des populations dans les pays industrialisés, l’aggravation des inégalités de conditions de vie. Depuis 1940, la majorité des maladies émergentes sont d’origine animale, en raison de la destruction de l’environnement naturel (la déforestation, l’urbanisation outrancière) mais aussi de l’élevage intensif, grand accélérateur des zoonoses (le nom des maladies transmises à l’humain par l’animal). Il faut penser au virus d’Ebola, à la grippe aviaire mais aussi à la maladie de Lyme, par exemple.

La colonisation, cette vaste entreprise d’expansion des États européens permise par les violences, les atrocités, les crimes contre l’humanité, les pillages et l’exploitation des êtres vivants et des territoires, a provoqué des flambées épidémiques. Il faut se souvenir que la colonisation des Amériques a été accompagnée par l’introduction d’infections virales et bactériennes graves par les colons européens (variole, typhus, choléra, etc.), contre lesquelles les populations autochtones n’étaient pas immunisées. Outre les déportations, les massacres, les épurations ethniques, les peuples indigènes ont été décimés par la propagation volontaire de la variole (d’abord par le refus de soigner, mais aussi par des politiques génocidaires, à l’exemple de l’officier de l’armée britannique Jeffery Amherst qui a répandu le virus en faisant distribuer des couvertures infectées aux autochtones pendant la guerre de Sept ans…). Il faut ajouter à ces violences, les dommages faits à l’environnement, comme le rappelle Sonia Shah dans Le Monde Diplomatique en mars 2020:Au Congo, les voies ferrées et les villes construites par les colons belges ont permis à un lentivirus hébergé par les macaques de la région de parfaire son adaptation au corps humain. Au Bengale, les Britanniques ont empiété sur l’immense zone humide des Sundarbans pour développer la riziculture, exposant les habitants aux bactéries aquatiques présentes dans ces eaux saumâtres. Les pandémies causées par ces intrusions coloniales restent d’actualité. Le lentivirus du macaque est devenu le VIH. La bactérie aquatique des Sundarbans, désormais connue sous le nom de choléra, a déjà provoqué sept pandémies à ce jour, l’épidémie la plus récente étant survenue en Haïti.

Les virus ont des histoires, des trajectoires, influencées par les transformations du monde et les mutations socio-politiques. Dans l’ouvrage Aux origines du Sida: enquêtes sur les racines coloniales d’une épidémie, Jacques Pépin, professeur au Département de microbiologie et de maladies infectieuses à l’Université de Sherbrooke, démontre que la pandémie du VIH résulte de transformations à la fois violentes et progressives infligées aux écosystèmes sur le continent africain : la colonisation, le développement d’un capitalisme d’extraction et de la globalisation, qui ont bouleversé les interactions entre les formes vivantes et les ont mises en crises.

Un autre élément très significatif dans cette histoire des épidémies liées au colonialisme, c’est le rôle joué par la médecine coloniale, érigée comme un bienfait humaniste à l’égard de populations perçues comme « primitives », elle a servi d’outil de surveillance, de répression et de domination. Dans Le médicament qui devait sauver l’Afrique (2014), Guillaume Lachenal développe une anthropologie de la bêtise coloniale à la lumière d’un grave scandale pharmaceutique. Pour éradiquer la maladie du sommeil (une infection par un parasite, le trypanomose), devenue épidémique lors de la conquête coloniale, la médecine met en expérimentation le Lomidine, un médicament soit-disant miraculeux, sur le continent africain. La « lomidinisation préventive » de la population, sans consentement éclairé bien sûr, consiste à injecter annuellement le produit à des sujets sains (adultes et enfants). Le médicament s’avère inutile et dangereux: en 1954, lors d’une campagne de lomidinisation massive au Cameroun, plus de trente personnes meurent et plus de 300 injecté·es sont victimes de gangrènes. Cette affaire a été dissimulée, enterrée. Elle n’est qu’un exemple parmi d’autres des exactions médicales coloniales, comme le drame de Biafa également au Cameroun ou l’utilisation massive de l’Indochine à partir du XIXe siècle pour expérimenter des vaccins et des médicaments.

Entre racisme et néo-colonialisme, aujourd’hui encore les laboratoires pharmaceutiques poursuivent leur lancée en utilisant les pays ex-colonisés comme des terrains d’expérimentations à bas coût pour leurs techniques thérapeutiques, au mépris total des patient·es qu’ils rendent dépendant-e-s de leurs remèdes. En Afrique, les éventuelles réglementations médicales et pharmaceutiques datent de l’époque coloniale. En mars 2005, on n’oublie pas les essais cliniques du Tenofovir par la firme Gilead, un antiviral utilisé contre le sida, sur 400 travailleuses du sexe, dont beaucoup était illettrées, sans les informer de la nature et des risques de l’expérimentation. L’idée de choisir une population non informée et largement exposée au virus, de la laisser prendre des risques et d’observer les résultats n’est pas un hasard… Elle témoigne d’un mépris et d’une déshumanisation avancée qui dirige intentionnellement ses expériences sur celles et ceux qui ont le moins de droit. Ces manquements éthiques graves ont mené à une interdiction de ces essais cliniques au Nigéria.

Le fait que les corps colonisés soient perçus comme des territoires d’expérimentation, sans conséquences en cas d’accident ou de catastrophe sanitaire, est un fait que les mouvements de gauche semblent reléguer dans le passé ou dans l’imaginaire. Comme à l’époque esclavagiste et colonial, certains faits, s’ils ne sont pas massivement relayés ne permettent pas de dénonciations massives. Il y a impossibilité de croire. Ces scandales sont perçus comme des exceptions, des cheveux dans la soupe humaniste que nous servent les institutions, les médias et les ONG. L’esprit colonial est construit pour croire qu’il apporte le bien. Le 1er avril 2020 sur la chaîne LCI, Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm à Lille, et Jean-Paul Mira chef de réanimation à l’hôpital Cochin s’entretiennent à propos des recherches menées autour d’une hypothèse, l’efficacité potentielle du vaccin BCG contre le Covid-19. Jean-Paul Mira demande alors: « Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs pour certaines études sur le sida, ou chez les prostituées ? Parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées et elles ne se protègent pas… Qu’est-ce que vous en pensez? ». Il fait ici référence de manière très décontractée à des essais cliniques dits « sauvages », menés de manière non-éthique, néfaste et dangereuse, comme ceux du Tenofovir que nous évoquions plus haut. Nullement surpris ou choqué (au fond on parle de pratiques courantes, n’est-ce pas?), le Dr Locht hoche la tête et rétorque : « Alors vous avez raison et d’ailleurs on est en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique justement pour faire ce même type d’approche avec le BCG, un placebo ». Ces propos racistes et néo-coloniaux déclenchent alors une juste colère, au point que les médecins en question ont dû s’excuser publiquement, et que le scandale a nécessité une communication du gouvernement français. Petite communication de réajustement. Nous réaffirmons avec d’autres que les essais expérimentaux des vaccins sont largement réalisés en Afrique et en Asie (la plupart du temps sans respecter les clauses éthiques internationales). En revanche, les produits ainsi élaborés bénéficient prioritairement aux pays du « Nord », car, dans l’idéologie néo-coloniale, toutes les vies ne se valent pas.

La construction du continent comme un continent surpeuplé et malade, le racisme qui déshumanise les populations, ainsi que la désinformation envers les populations font partie des éléments qui permettent aux industries pharmaceutiques (et à d’autres industries) d’utiliser les pays africains comme des laboratoires. Nous ne pouvons ignorer le discours global sur le continent africain, et la surnatalité qu’on lui reproche. Ces stratégies politiques renseignent sur une volonté de contrôle de la natalité en Afrique. Nombre d’enfants africains meurent de maladies qui sont très bien soignées en France métropolitaine. Nous rappelons que c’est le néocolonialisme qui maintient le continent dans un état de dépendance et de maladie. Non seulement les maladies sont provoquées par le contact colonial, créées par le contexte socio-économique et écologique, ou construites mentalement, mais les industries pharmaceutiques empêchent le développement d’autres formes de soins, dont des soins traditionnels efficaces. Guillaume Lachenal, à nouveau, à propos de la catastrophe Ebola cette fois-ci, ne dit pas autre chose: celle-ci « est le produit d’une orientation sécuritaire, spectaculaire et scénarisée des politiques de santé – qui s’est faite au détriment des systèmes et des professionnels de santé africains » (cité par Jean-Yves Nau, Revue Médicale Suisse, 2014). Le marché de la santé occidentale entretient un mépris pour les médecines alternatives et maintient un monopole sur les corps subalternes à grande échelle. Ce monopole est notamment soutenu localement par des dirigeants corrompus et internationalement par des organismes comme l’OMS.

Nous ne pouvons que soutenir la défiance actuelle face au vaccin contre le covid dans plusieurs pays d’Afrique, ainsi qu’en Martinique et en Guadeloupe. Nous entendons aussi des arguments soit-disant antiracistes de certain-e-s de nos camarades qui voudraient que le vaccin soit « apporté » aux pays du Sud, comme un geste humaniste et humanitaire. Ah les bons sauveurs !  L’histoire des relations coloniales entre les populations du Sud et les médicaments n’est pas une histoire d’amour, elle ne témoigne pas d’un rapport apaisé du tout. Nous ne pouvons plus laisser dire que les technologies occidentales importées dans les pays du Sud sauvent les populations. Il faudrait ignorer la main-mise des industries pharmaceutiques sur leurs corps. Ignorer qu’elles interdisent la médecine traditionnelle. Nombreux sont les exemples de distributions de médicaments qui ne guérissent pas et rendent dépendants quand des pharmacopées naturelles, ayant prouvé leur efficacité, sont interdites. Il faut évoquer l’hallucinante interdiction par l’OMS de l’Artemisia Annua, une plante courante cultivée en Tanzanie, au Kenya ou encore à Madagascar pour prévenir et soigner la malaria (voir le très bon docu Malaria Business), également utilisée pour soigner la maladie du COVID 19. La science moderne n’a jamais sauvé les habitant-e-s du Sud. L’instauration de la modernité sur ces territoires a toujours été un argument colonial de destruction de la nature, des êtres vivants et des organisations traditionnelles. La médecine occidentale n’intervient pas dans les pays du Sud pour soigner. Elle ne soigne pas, elle ne guérit pas les corps subalternes, elle les maintient dans son contrôle. En 2021, le vaccin contre le covid AstraZeneca est mis en circulation dans les pays du Nord et distribué début février. Il est très vite restreint au plus de 55 ans en raison d’effets secondaires très graves puis arrêté. Tandis qu’il est interdit dans les pays du Nord, il sera envoyé massivement vers les pays du Sud, dans le cadre du programme COVAX, qui incite les pays riches à donner généreusement des doses de vaccin aux pays les plus démunis, c’est ce qu’explique le ministre de la santé le 20 juillet.

Chapitre 4 :

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Le contexte d’émergence de la maladie ne peut être ignoré. Si la crise du système de santé est antérieure au covid, elle n’a fait que mettre en lumière les manques et la corruption. Les politiques d’austérité ont eu un impact colossal dans le domaine de la santé. Des grèves, des dénonciations collectives et individuelles ont eu lieu, et ce, dès le début de la « pandémie ». On se souvient des infirmières marseillaises qui ont été rabrouées par leur direction pour avoir diffusé (comme bon nombre de soignantes) des vidéos pour dénoncer le manque d’équipement. Comme dans d’autres domaines, les conditions de travail des chercheur-ses et des soignant-e-s ne permettent pas de procurer un service de qualité.

En 2016, Richard Horton, rédacteur en chef de la célèbre revue médicale The Lancet, publie un article qui dénonce les procédés de publications scientifiques qui privilégient la quantité à la qualité, la recherche du profit et un manque de fiabilité. Un grand nombre d’articles sont publiées avec des données invérifiables. Comme celle de Surgisphere en mai 2020 alors que les médecins et les chercheur-ses sont sur le qui-vive pour trouver des molécules qui soignent le covid. La société américaine qui publie depuis des années des études dans des journaux scientifiques sérieux met en évidence une surmortalité des patients Covid traités avec de l’hydroxychloroquine. Des centaines de médecins, surpris par ces résultats, vérifient les informations et se rendent compte que les études sont fausses. Mais entre-temps, l’OMS a déjà stoppé les essais. Depuis, elle déconseille même l’hydroxychloroquine, pourtant bien connue et efficace en association avec d’autres substances selon une posologie qui n’est pas mystérieuse. Ce scandale n’est pas le seul (voir l’utilisation interdite par l’OMS de l’Artemisia Annua pour prévenir et guérir la malaria). L’interdiction de soigner les malades du covid avec des substances disponibles, efficaces, banales et peu coûteuses (vitamines D et C, hydroxychloroquine, ivermectine), a été dénoncée par nombre de soignant·es qui demeurent dans l’incompréhension. Des solutions existantes ont été bannies sans consulter des médecins spécialistes. Par contre, le gouvernement s’est précipité pour commander auprès des laboratoires Gilead un anti-viral élaboré pour lutter contre Ebola, mais sans succès, un médicament que la firme cherchait à écouler à prix d’or (environ 2000 euros), dont l’efficacité n’était pas démontré et qui avait révélé une toxicité pour les reins…

Dans un livre publié en 2020, Richard Horton dénonce d’une façon assassine la gestion de la crise par les pays occidentaux qu’il lie justement aux politiques libérales et économiques récentes. Comment de grandes puissances modernes ont pu  géré d’une façon aussi catastrophique l’émergence du coronavirus? Catastrophe, dans le sens où les décisions prises ont causé des souffrances à long terme qui auraient pu aisément être évitées. L’auteur critique entre autre son propre pays, le  Royaume-Uni. Comme la France, leurs préjugés anti-chinois leur ont fait perdre un temps de réaction précieux. Par la suite, la fiabilité des stratégies et des analyses des pays non-occidentaux a été purement et simplement ignorée. Les gouvernants n’ont pas écouté les conseils scientifiques internationaux ou nationaux. Ils n’ont pas testé les malades avant plusieurs semaines. Ils ont tardé de peur de provoquer le moindre bouleversement de l’activité économique. Les équipements basiques comme les masques ont manqué. Le manque d’équipement et de personnel a forcé les hôpitaux à faire des choix, trier les patient·es, et à dire aux autres malades « restez chez vous ». En France, les équipements des soignant·es ont été comparés aux équipements des forces de l’ordre: il ne viendrait pas à l’idée d’un état de manquer d’effectifs policiers, ni de genouillères, de casques, de gazeuses ou de LBD. Par contre, des soignant·es en sous-effectif ont dû se débrouiller sans masques, sans sur-blouses de protection, au point de travailler vêtu·es de sacs poubelles parfois. Horton fustige aussi les conseillers scientifiques des politiciens, choisis par affinité politique qui ne relayaient pas les avis des médecins. Dès le début de la crise, il apparaît une tension entre les médecins/scientifiques et les gouvernants. Cela malgré les grandes déclarations présidentielles :  C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus. Emmanuel Macron, 24 mars 2020

Les individus en charge de la crise ont manqué à leur responsabilité. La confiance aux politiques des pays occidentaux ne devrait pas être si fluide et automatique. Les instances responsables et les individus qui ne servent pas le peuple doivent rendre des comptes. Horton souligne à juste titre que ce ne sont pas seulement les charlatans et les théoriciens du complot qui promulguent de fausses informations, les gouvernants aussi ont menti. Et cela s’avère bien plus grave. La philosophe Barbara Stiegler enfonce le clou dans De la démocratie en pandémie : « Cette dissimulation de l’état de la science apparaîtra rétrospectivement comme le péché originel des gouvernants, qui ont fait le choix de la répression des citoyens, plutôt que celui de l’éducation et de la prévention. »

Nombre de médecins et d’infirmières dans les hôpitaux et les EHPAD ont dénoncé les manipulations du gouvernement : les établissements recevaient des primes s’ils déclaraient des morts du Covid, si bien que plusieurs ont déclaré des morts covid qui n’en étaient pas. Est-ce une tentative de manipulation des chiffres? De la même façon, le gouvernement a entretenu et entretient toujours la confusion sur le débordement des hôpitaux. En août 2021, les hôpitaux n’ont pas plus de moyens et les services de réanimation sont très vite débordés. Ces débordements, au lieu de conduire à une revalorisation financière et humaine de l’hôpital public, justifient l’application de mesures autoritaires. Les mensonges d’Etat s’accumulent. C’est donc avec prudence que nous prenons les informations qu’il diffuse au sujet de la crise sanitaire.

Nous avons pu constater dès l’apparition du virus en France la mise en place de nouveaux outils tels le confinement, le couvre-feu, la distanciation sociale, l’interdiction de rassemblements, la circulation de drônes ou l’attestation de sortie et les applications gouvernementales sur smartphone. Il était frustrant de voir la population courber l’échine au fil des confinements et des couvre-feux. Ceux-ci sont autorisés par le maintien du pays en état d’urgence sanitaire, une disposition juridique exceptionnelle qui donne toute liberté au gouvernement pour prendre des mesures attentatoires aux libertés. La santé physique et mentale collective pâtit de l’isolement et de l’enfermement imposés au détriment de toute logique, si ce n’est la logique capitaliste, celle qui favorise l’économie : ignorant les risques de contamination dans les supermarchés ou les métros bondés à l’heure de pointe, et insistant sur la dangerosité des lieux comme le théâtre, le cinéma ou la bibliothèque. Les déplacements individuels sont contrôlés et surveillés.

Alors que la pandémie reprend de plus belle, au plus clair de l’été, alors que la population française redoute d’être à nouveau confinée, le gouvernement lance alors une mesure quasiment dystopique, qui passe les doigts dans le nez à l’Assemblée nationale et au Sénat, en même temps que la loi relative à la sécurité globale. La France ouvre la voie, à partir du 21 juillet 2021, à un pass sanitaire particulièrement répressif. Désormais, pour aller au travail, pour se déplacer, pour se rendre à l’hôpital ou pour fréquenter des lieux culturels ou de loisirs comme les bibliothèques, les cinémas, les bars et les restaurants, il faut fournir un QR code prouvant que l’on est vacciné·e, un test négatif ou bien un certificat de rétablissement du COVID 19, valable 6 mois. C’est un dispositif de contrôle et de fichage généralisés, qui oblige les individus à décliner leur identité partout et à justifier de leur statut de santé face à n’importe qui, autorisant les pires abus. La masse travailleuse est sommée d’obéir au plus vite, et en premier lieu les soignant·es, particulièrement critiques envers l’incompétence chronique du gouvernement. L’obligation vaccinale leur est imposée sous peine de licenciement, aussi bien qu’aux salarié·es travaillant dans des lieux où un passe sanitaire est obligatoire.

Diviser pour mieux régner. Le pass sanitaire est un pass citoyen. Il va permettre de marquer une différence claire, enregistrée, numérotée entre le mauvais citoyen et le bon citoyen. Et permettre ainsi d’appliquer un traitement différencié. Un autre fait devrait nous mettre la puce à l’oreille sur ce qui est en train de se passer. Pass sanitaire non obligatoire pour la police et les élites politiques, les députés ? S’il est synonyme de santé et de citoyenneté, pourquoi les élites et leur police ne sont pas exemplaires ? Cela montre encore une fois que le gouvernement tient par sa police, sa force coercitive et ses mensonges. Alors qu’un mouvement de contestation populaire naît au plus creux de l’été, quasiment du jamais vu, la gauche anti-capitaliste demeure tiédasse et momolle, par crainte de défiler avec des ennemi·es politiques (l’extrême-droite notamment) mais surtout par crainte d’aller au bout de la lutte contre le système néo-libéral, dont la science et la santé sont des piliers. C’est le cas aussi des milieux queers, féministes et décoloniaux qui, soit se tiennent dans un silence assourdissant, soient exhortent leurs communautés à se vacciner en servant la soupe argumentative du gouvernement, avec une candeur confondante pour des sujets minoritaires soumis aux contrôles et aux abus médicaux structurels. La gauche parviendra-t-elle à se sortir de son jus libéral?

Quel est le but d’une telle gestion du gouvernement, entre contrôle, surveillance et enfermement ? Qu’une partie des industries de la santé fasse quelques milliards de profit avec la complicité de l’Etat? Encore une fois, il faut prendre en compte les intérêts économiques, le pouvoir des industriels sur les décisions politiques et la situation financière des états, avoir une analyse systémique plutôt qu’une analyse complotiste. Les différents acteurs agissent en fonction de leurs intérêts et leur position de pouvoir. Le but des gouvernements actuels est de se maintenir en place, et non pas d’agir en fonction du bien commun. Ils ne cherchent pas à équilibrer les intérêts des différents acteurs. Cependant, quand il s’agit de santé, nous sommes en droit de demander à ce qu’aucun intérêt marchand ne rentre en jeu. Les politiques d’austérité des gouvernements ont eu pour conséquences majeures plus de précarité pour les groupes vulnérables, et plus de richesse encore pour les capitalistes et classes supérieures. Il révèle un système qui n’oeuvre pas pour le bien du peuple, mais le confort d’une minorité. C’est le destin d’une économie basée sur la compétition et le profit.

Pour masquer les incompétences et les conflits d’intérêts, le peuple est rendu responsable de sa propre condition et de ses malheurs : il ne travaille pas assez, il consomme mal, il n’obéit pas, il ne prend pas bien ses pilules, il porte le masque sous le nez. La plèbe est considérée comme ignorante et donc maintenue dans l’ignorance, en matière de droit comme en matière de science, on ne lui demandera pas son avis. La façon dont le pass sanitaire (comme celle sur la sécurité globale ou d’autres lois) est forcée à l’Assemblée Nationale, au Sénat et au Conseil Constitutionnel nous rappelle que ces vielles instances de la mascarade démocratique travaillent d’un seul et même intérêt politique bien connu : se maintenir en place. Elles ne sont pas concernées par les mesures liberticides et destructrices qu’elles promulguent qui pèsent sur nos corps. Elles ne font pas partie des classes travailleuses. Elles n’ont donc aucune légitimité à prendre ces décisions. Dans la fiction des élites, le peuple est idiot, soumis à ses instincts et incapable de se gouverner. Dès lors, le pouvoir ne lui doit pas d’explication, ne lui rend pas de compte. Ce sont les bases d’un état autoritaire. Nous sommes contre l’idée dominante que face aux catastrophes naturelles nos premiers réflexes devraient être de nous confiner, de maintenir nos distances les uns des autres et d’accueillir le breuvage miracle bouche ouverte et poings liés. Surtout si on milite pour la justice sociale !

La « crise sanitaire », si elle n’est pas créée par les gouvernements, est instrumentalisée par les états et les capitalistes. Les « crises » permettent de développer des techniques de contrôle et de les justifier par une menace ingérable et mal-identifiée qui pourrait venir de partout. Cela a été le cas avec les crises financières qui ont impactées le droit du travail, la menace terroriste qui a permis l’instauration de l’état d’urgence ainsi que la mise en place des techniques de sécurité (vidéos, contrôles à l’entrée, etc), de gonfler les budgets de la police et de l’armée, de justifier des guerres de ressources, ou de promulguer des lois racistes etc. La menace sanitaire est maintenue pour pouvoir mettre en place d’autres types de lois et de techniques ainsi que renforcer celles existantes. Cela rappelle ce que dit Naomi Klein dans La Stratégie du choc (2009).

La peur ne doit pas nous faire oublier dans quel moment global du capitalisme nous sommes. La situation écologique est telle, qu’on voit s’enchaîner les catastrophes et la raréfaction des ressources. Celles-ci accentuent les tensions sociales et économiques à différents endroits du globe. Avant le covid, des révoltes ont éclaté dans plusieurs pays suite aux gestions économiques racistes, classistes et sexistes. Le capitalisme est en crise: il est remis en question dans plusieurs pays et couches de la population en Europe et au-delà. Il ne domine plus que par la force et l’aliénation. Les capitalistes ont besoin des états pour instaurer les structures et les infrastructures (lois, transports etc) qui leur permettent de continuer un système d’exploitation. Certaines entreprises et industries, à l’exemple de Pfizer, sont plus puissantes que des états, et contrairement à eux, ils ne rendent de compte à personne. Les états sont dépendants financièrement de ces grandes entreprises. Leurs intérêts convergent dans un système de contrôle de la population, le maintien des frontières, d’une masse travailleuse à bas prix et d’une population surconsommatrice. Il n’est pas complotiste d’affirmer cela. Le pouvoir des industriels et la complicité des états sont des données matérielles et historiques vérifiables dénoncées par plusieurs mouvements anticapitalistes et individus en lutte sur tous les continents. Le contexte du marché global, nous force à prendre en compte ce qui se trame au-delà de la frontière nationale, où les dirigeants prennent aussi des décisions qui ont un impact à l’intérieur du pays. En bref, nous sommes interdépendant-e-s. Et non pas à la façon romantique, mais à la façon marché globalisé, c’est-à-dire d’une façon économique, politique, technologique et écologique, nous ne pouvons pas ignorer l’influence de nos politiciens à l’international.

A l’international, justement, au début de la crise, nous avons pu comparer les stratégies politiques françaises avec celles d’autres pays moins autoritaires et moins libérales. Cependant, grâce aux organisations internationales, les politiques se sont homogénéisées et les jeux d’influence ont repris. Cette période nous a permis de confirmer que la france est dans l’autoritarisme, pas dans le soin ni dans la santé. Ses stratégies de gestion sont violentes et inefficaces. Nous ne pensons pas qu’il s’agit d’incompétence, mais plutôt d’un genre de politique qui satisfait les gens au pouvoir. Et comme nous vivons dans une société de classes renforcées, les intérêts des gens au pouvoir sont contraires à ceux du peuple. Nous maintenons qu’il n’est plus l’heure de la négociation. Cette croyance gentillette en un état de droit démocratique qui progresse vers toujours plus de progrès, de richesse et d’égalité est un leurre qui nous empêche de transformer la société depuis bien trop longtemps.

Chapitre 5 :

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La vaccination est un pilier essentiel de la médecine moderne. C’est un procédé qui consiste originellement à exposer les sujets à une forme atténuée de la maladie pour prémunir de la forme grave. La plupart du temps, l’histoire de la vaccinologie est racontée comme une saga palpitante, la grande victoire de la médecine occidentale dont le héros incontesté est Louis Pasteur. Ce mythe médico-historique, souvent narré de manière grandiloquente, ne doit pas nous faire oublier l’histoire qui a inspiré les modernes. L’ancêtre de la vaccination, la variolisation (l’inoculation volontaire de la variole prélevée sur un sujet faiblement malade) aurait été inventée en Chine au VIe siècle. Mais on retrouve également cette technique depuis l’Antiquité sur le continent africain, notamment au Sénégal ou encore en Algérie et en Tunisie, ainsi qu’en Inde (cf. Mirko Grmek, « Les premières étapes de la vaccination. Mythe et histoire », dans L’Aventure de la vaccination, 1996). Conçue comme une pratique ancestrale, populaire, une technique de « vieille femme », la variolisation est longtemps méprisée par la médecine officielle, avant d’être développée par plusieurs médecins français au XVIIIe siècle puis d’être remplacée par la vaccination contre la variole, expérimentée et théorisée par le médecin anglais Edward Jenner à partir de 1796. À partir de 1958, des campagnes de vaccinations massives sont menées internationalement, non bien sûr sans accidents post-vaccinaux (comme les encéphalites varioliques, qui seraient fatales dans un cas sur deux ou trois), jusqu’à ce que l’OMS conclut à l’éradication de la maladie dans le monde en 1979. Basé sur ce modèle canonique, le socle de la vaccination est de concevoir une immunité artificielle collective pour toutes les maladies, modulée sur l’immunité naturelle. Il y a cependant différents types de vaccins, notamment ceux qui consistent à injecter un agent infectieux vivant (virus ou bactéries), mais atténué (ex. rougeole, BCG), et d’autres qui consistent à injecter un vaccin « tué », inactivé, pour stimuler la fabrique des anticorps (ex. hépatite A, poliomyélite). En tous cas, la vaccination est une stratégie prioritaire pour l’OMS depuis la fin du XXe siècle. 

La vaccination, parce qu’elle a fait l’objet de résistances collectives et individuelles depuis son invention, est un objet passionnel, dont il est difficile de discuter de manière apaisée, surtout dans le pays de Papa-steur et de l’invention héroïque du vaccin contre la rage. Néanmoins, comme tous les objets scientifiques, la vaccination n’est pas innocente et vierge, isolée des contextes socio-politiques, des idéologies et des rapports de pouvoir. C’est une technique médicale spécifique qui n’est ni fondamentalement « bonne » ni purement « mauvaise » en soi, elle répond simplement à des objectifs scientifiques, politiques, économiques et technologiques, loin du fantasme d’une médecine humaniste et désintéressée. À ce propos, l’ouvrage collectif L’Aventure de la vaccination, déjà ancien (1996), reste passionnant car il mêle des textes de médecins, d’immunologues, d’historien·nes et d’anthropologues sur « l’épopée » des vaccins, ce qui permet de prendre de la distance et d’aborder cet objet de manière critique, au-delà des grands récits épiques. Dans l’introduction(p. 25), Anne-Marie Moulin, médecin et philosophe affirme: « Il est temps maintenant d’écouter ce que dit la résistance à la vaccination. Esquissée à propos de la résistance à l’oppression coloniale ou liée aux bien réels incidents et accidents, son histoire retarde sur l’histoire des succès de la vaccination. […] L’histoire de cette résistance est trop souvent confondue avec l’histoire des sectes ou celle du charlatanisme.» Si nous n’aurons pas la possibilité de faire cette histoire ici (cela nécessiterait un livre entier!), il faut insister sur la place stratégique de la vaccination dans l’histoire coloniale: quand l’obligation vaccinale n’est pas légale en métropole, la vaccination est imposée aux populations autochtones dans les colonies (en Cochinchine et en Algérie par exemple). Dès lors, la résistance à l’envahisseur se cristallise souvent autour de l’imposition de cette technique médicale. Anne-Marie Moulin souligne d’ailleurs que « la vaccination peut ainsi être intégrée facilement dans tous les systèmes autoritaires impliquant la forte subordination des individus à l’intérêt public » (p. 30).

Outre la problématique de la contrainte vaccinale au service d’idéologies politiques et de rapports d’oppression, il est intéressant de revenir aux principales critiques et réserves. Tout d’abord, le vaccin est loin d’être un médicament classique. En gros, en médecine allopathique du moins, on prend traditionnellement des médicaments quand on est malade, et en vue de guérir ou d’obtenir une amélioration de notre état de santé. Du coup, en fonction du degré de gravité de la maladie, on peut parfois accepter des effets secondaires si c’est pour obtenir du mieux. Par contre, la vaccination de masse, qui vise la prévention et non la guérison, concerne des sujets sains, non infectés par la maladie contre laquelle on lutte. C’est pourquoi l’exigence en termes de sécurité sanitaire se doit d’être particulièrement stricte. Dès lors, le fait que certains vaccins puissent entraîner des effets secondaires dans l’organisme voire revenir à la virulence, peut être perçu comme une prise de risque importante pour un bénéfice pas assez intéressant. Il y a aussi des inconvénients spécifiques à chaque technologie vaccinale.

Ainsi, les vaccins « inactivés » présentent souvent le défaut d’être peu immunogènes, donc avec un faible pouvoir de provoquer une réaction immunitaire. C’est pourquoi on va devoir faire des injections répétées et ajouter des adjuvants chimiques pour renforcer son efficacité, comme l’hydroxyde d’aluminium. Or les études indiquent que l’aluminium peut entraîner des effets indésirables neurologiques (autisme, encéphalopathie, maladie d’Alzheimer), hématologiques (anémie) et au niveau osseux (ostéodystrophie, ostéomalacie) suite à un passage dans le sang quelle que soit sa voie d’administration. Par ailleurs, il semble être responsable d’effets locaux, tels que des nodules cutanés et la myofasciite à macrophages suite à la vaccination (cf. la thèse de doctorat en sciences pharmaceutiques d’Edwige Batisse sur les effets de l’aluminum, soutenue en 2014).

Les vaccins dits « atténués » ou « vivants » obtiennent une bien meilleure réaction immunitaire, proche de l’immunité naturelle (rapide et durable), mais ils présentent aussi un certain degré d’imprévisibilité soulevant quelques soucis de sécurité et de stabilité. Par exemple les agents pathogènes (virus, bactéries) peuvent muter, redevenir virulents et provoquer la maladie chez les personnes vaccinées ou des personnes en contact avec elles : c’est les exemples souvent cités des poliomyélites paralytiques associées au vaccin ou des poliovirus dérivés d’une souche vaccinale. Par ailleurs, ce type de vaccins est plus risqué pour les personnes fragiles, les personnes dont le système immunitaire est affaibli, comme celles infectées par le VIH, ou encore les femmes enceintes. C’est aussi des vaccins qui peuvent entraîner une infection généralisée (cas du BCG) et, plus généralement, qui présentent des risques plus importants d’erreurs de vaccination parce qu’ils sont difficiles à utiliser.

La vaccination met en branle l’ensemble du système immunitaire, en déclenchant une réponse globale propre à chaque individu, qui peut être catastrophique. Pourtant les accidents post-vaccinaux sont souvent minimisés, pour ne pas compromettre les politiques de santé publique. L’épisode de l’épidémie de grippe H1N1 de 2009-2010 est assez instructif à ce propos. À l’époque, plusieurs pays avaient choisi la stratégie de la vaccination de masse, dont la France. Finalement, la pandémie est surestimée et la campagne vaccinale est un échec. Un rapport du Sénat en rend responsable la pression exercée par les laboratoires pharmaceutiques sur le gouvernement (rapport sur Le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion par le Gouvernement de la grippe A (H1N1), du 29 juillet 2010). Au-delà de l’influence du marketing sur les politiques sanitaires, déjà abordée plus haut, les accidents post-vaccinaux dus à la vaccination antigrippale H1N1 ont été minimisés. Yves Dauvilliers, médecin spécialiste des troubles du sommeil, a publié une synthèse sur l’augmentation de l’incidence de la narcolepsie en Suède et en Finlande après le début de la vaccination contre la grippe pandémique de 2009, mais également en Irlande, au Royaume-Uni et en France (voir Yves Dauvilliers, « Narcolepsie de type 1 : un lien avec la vaccination H1N1 », Revue du Praticien, 2016). La narcolepsie est un trouble sévère du réveil qui se caractérise par des accès d’assoupissement survenant brutalement au cours de la journée, éventuellement accompagnés d’une perte brusque du tonus musculaire. La narcolepsie causée par le vaccin grippal pandémique inactivé nommé Pandemrix (c’est quoi ce nom à deux balles en plus?) est un accident sanitaire reconnu. Néanmoins, si les associations de victimes suédoises ont obtenu gain de cause, les dossiers d’indemnisation sont encore en attente en France plus de dix ans après les faits. C’est cher payé pour une pandémie qui n’a finalement pas eu lieu. Pourtant quand on parle des accidents post-vaccinaux, la position majoritaire veut que ces cas soient certes tragiques mais « inévitables », ils ne seraient finalement qu’une goutte d’eau dans l’océan de la joyeuse aventure vaccinale.

Dans la course moderne à l’innovation technologique, la vaccination de masse a connu son lot de succès, d’échecs et d’accidents. Et puis elle a connu une crise à partir des années 1980, en échouant notamment à lutter contre le sida, la lèpre, la syphilis et le paludisme. Heureusement, tadaaam, le domaine des biotechnologies a ouvert de nouvelles possibilités scientifico-économiques pour les vaccins. Loin des préparations vaccinales « à l’ancienne », il s’agit quasiment de réinventer le vaccin. Si l’idée de base est toujours de confronter le système immunitaire à un agent pathogène pour le pousser à développer des anticorps, de nouvelles approches sont apparues. Ainsi, plutôt que d’injecter le virus entier, on a expérimenté le fait d’injecter une protéine du virus pour déclencher la fabrication d’anticorps (ex: vaccin contre l’hépatite-B). Il y a aussi les vaccins génétiques, conçus à partir d’ADN ou d’ARN messager viral. Encore au stade expérimental (comme le vaccin contre le virus Zika par la firme Moderna), ces derniers sont passés sur le devant de la scène dans le cadre de la pandémie liée au coronavirus SARS-CoV 2, qui a donné lieu à une véritable course des entreprises pharmaceutiques internationales, une lutte à qui serait la première à sortir un vaccin et à pouvoir le commercialiser. Relativement nouvelles, ces technologies sont assez complexes à comprendre pour le commun des mortel·les.

Disclaimer: nous on était des grosses brelles dans les matières scientifiques à l’école, on est des littéraires pures et dures à qui les sciences donnent largement la migraine. Nous sommes loin d’être les seules, c’est largement le cas des gens de classes pop, comme beaucoup de monde dans nos familles ou encore dans nos communautés militantes, qui se sentent complètement dépassé·es. Du coup, on a froncé les sourcils, on a bravé le mal de tête, on a parcouru les explications scientifiques pour tenter de vous transmettre ce qu’on a compris dans le langage le plus simple possible avec aussi des petits dessins, parce que tout le monde n’a pas un doctorat en génétique.

Pour comprendre les vaccins génétiques, à ARN ou à ADN, il faut reprendre la base. Pour ce faire, les explications du généticien moléculaire Christian Vélot dans une vidéo pédagogique intitulée « COVID 19: les technologies vaccinales à la loupe » sont particulièrement didactiques. Tout d’abord, qu’est-ce qu’un virus? Un virus simple se compose d’une coque de protéines, la capside, qui renferme son matériel génétique. D’autres virus, comme celui de la grippe, comportent une structure externe: ils sont dits « enveloppés ». Cette enveloppe contient des exemplaires de protéine « de surface ». Le SARS-CoV 2, responsable de la maladie COVID 19, est un virus enveloppé, dont l’enveloppe prend la forme d’une couronne (d’où le terme coronavirus). Dans son cas, la protéine de surface présente sur son enveloppe externe est nommée « Spike« .

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C’est grâce à cette protéine que le virus peut s’ancrer sur une cellule, l’infecter, la pénétrer et libérer son matériel génétique à l’intérieur.

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Quant à l’ADN, le matériel génétique des êtres humains, il contient des gènes qui codent la fabrication des protéines propres à chaque individu et nécessaires au fonctionnement des cellules. Ce passage du gène à la protéine s’opère par l’entremise d’un intermédiaire, appelé « ARN messager« . Dans ce processus, il y a deux étapes:

  1. La première étape c’est la transcription: l’ADN est « copié » en ARN pour pouvoir fabriquer une protéine
  2. Pour ce faire, l’ARN doit être transmis en langage protéique, c’est la traduction, qui va permettre aux protéines de mettre en place les processus biologiques dans nos cellules

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Les virus, eux sont des micro-organismes microscopiques qui ne sont pas autonomes, dans le sens où ils ne savent pas fabriquer des protéines virales tous seuls. Ils doivent impérativement « entrer » dans une cellule pour se multiplier. C’est de cette façon qu’un virus introduit son génome, son « plan d’existence » pour dire simple, dans la cellule, en lui « dictant » de produire de nouveaux virus. C’est ce qu’on appelle la multiplication. Parfois cette multiplication ne cause aucun dommage à l’organisme, parfois cela fait apparaître une maladie.

Mais quel est le matériel génétique des virus? Ça dépend. Pour certains virus, comme l’herpès, c’est de l’ADN: dans ce cas, le virus procède en insérant son matériel génétique dans la cellule qu’il infecte. Ensuite, comme on l’a dit, il y a l’étape de la transcription de l’ADN en ARN, puis de la traduction de l’ARN viral en protéines virales. C’est comme si la cellule « parlait » désormais en « langue virus »: en gros, l’usine cellulaire est détournée par le virus à son profit. Cela va permettre la prolifération du virus, qui va infecter d’autres cellules, voire d’autres organismes. Par contre, le matériel génétique des coronavirus ce n’est pas de l’ADN, c’est de l’ARN messager. Donc le SARS-CoV 2, responsable de la maladie COVID 19, injecte de l’ARN dans la cellule qu’il infecte, ARN qui est ensuite traduit en « langage » protéine par la cellule infectée, jusqu’à la multiplication.

À partir de là, on peut mieux comprendre le fonctionnement des nouvelles générations de vaccins, les vaccins génétiques. Comme l’explique Christian Vélot, ils consistent à injecter dans les cellules de la personne à vacciner, non pas le virus entier ni une protéine du virus, mais une partie du matériel génétique du virus qui détient le secret de la fabrication de la protéine virale.  Si vous avez suivi, vous savez que le matériel génétique du virus SARS-CoV 2 c’est de l’ARN messager. Alors les vaccins à ARN messager, comme ceux de Pfizer/BioNTech et de Moderna, procèdent en injectant un morceau de l’ARN viral emprisonné dans une nanoparticule de graisse pour pouvoir fusionner avec bi-couche de graisse de nos cellules (membrane plasmique) et libérer son contenu. Celui-ci, le morceau d’ARN du virus, contient le secret de fabrication de la protéine Spike, la protéine immunogène présente sur l’enveloppe de surface du virus. L’idée c’est de faire fabriquer cette protéine directement par les cellules de la personne que l’on vaccine.

Mais il y aussi des vaccins à ADN, comme celui mis sur le marché par la firme AstraZeneca. Alors comme le virus SARS-CoV 2 est un virus à ARN, cette méthode peut étonner. En l’occurrence, il s’agit d’injecter dans l’organisme un vecteur qui est un autre virus, un adénovirus (une famille de virus à ADN sans enveloppe) qui va pouvoir insérer son matériel génétique viral dans la cellule. L’adénovirus est au préalable « désarmé », rendu inopérant en éliminant la partie du matériel génétique responsable de sa virulence et en la remplaçant par un morceau de matériel génétique de SARS-CoV 2 (converti en ADN en laboratoire). Les cellules de l’organisme vont alors transcrire l’ADN en ARN, décoder l’ARN viral et fabriquer la protéine Spike.

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Présentés comme une véritable révolution, les vaccins génétiques commercialisés dans le cadre d’une vaccination de masse soulèvent de nombreuses questions et ne sont pas sans risques. Dans le magazine Futura Santé, la journaliste scientifique Céline Deluzarche souligne le 5 juillet 2021 que les vaccins à ARN messager ont été expérimentés contre la grippe, la rage ou Ebola, sans succès pour le moment, avant que la pandémie du COVID 19 n’ouvre la possibilité inespérée de les mettre sur le marché dans l’urgence. Pour un certain nombre de spécialistes, cela contrevient au principe de précaution, d’autant qu’ils seraient moins efficaces que les vaccins vivants inactivés ou atténués, qui comprennent la totalité du génome du virus. Surtout, ils sont très coûteux, ce sont des produits de luxe, conçus par et pour les pays riches1.

Dès le départ, c’est un pari particulièrement casse-gueule que d’expérimenter des technologies pas encore maîtrisées pour lutter contre un virus aussi instable et imprévisible que le SARS-CoV 2, que l’on connaît toujours très mal et qui mute en permanence, comme le révèle l’apparition de nouveaux variants (variant Delta, variant Gamma, variant Kappa). Dès lors, l’évolution rapide du virus rend rapidement caduques les vaccins. Face aux députés du Royaume-Uni, Andrew Pollard, professeur en maladies infectieuses à l’Université d’Oxford et développeur du vaccin Oxford/AstraZeneca, a déclaré le 10 août 2021, que le variant Delta, hautement contagieux, a anéanti les espoirs de parvenir à une immunité collective. Selon lui, si les vaccins peuvent permettre d’éviter les formes graves ou mortelles du COVID 19, les personnes entièrement vaccinées peuvent encore transmettre le virus. En gros, il n’y aura pas de miracle vaccinal, ce n’est pas demain la veille que le virus va disparaître, bien au contraire… Surtout si les autres stratégies thérapeutiques, comme les médicaments et les soins, sont délaissées…

Aussi au début du mois d’août 2021, des pays comme l’Islande et l’Israël, qui ont le plus haut taux de vaccination de leur population, mais dans lesquels l’épidémie repart à cause du variant Delta, constatent l’échec du processus vaccinal de masse en termes d’immunité grégaire. « Obtenir l’immunité collective par la vaccination générale est hors d’atteinte », déclare aussi Þórólfur Guðnason, l’épidémiologiste islandais en chef, le 1er août 2021. Il estime que la capacité des vaccins à empêcher une réinfection des personnes inoculées est bien trop faible et qu’il faudrait plutôt compter sur l’immunité collective naturelle. Pourtant, Israël, en plein rebond, prépare de son côté une troisième dose et la vaccination infantile, tout comme la France. De plus en plus de médecins alertent sur l’inutilité et l’absurdité de telles mesures, notamment celle de vacciner en période de pandémie alors que le virus continue de muter. Le virologue Geert Vanden Bossche a alerté à ce sujet les autorités de santé dont l’OMS. Puisque l’agent infectieux n’est pas stable en période pandémique, plusieurs phénomènes contre-indicatifs peuvent avoir lieu. C’est une réalité soulignée par un grand nombre de médecins, une connaissance de base dans leur domaine. Pourtant, à l’été 2021, l’information est encore balayée comme une absurdité par les médias et certains scientifiques. D’autres médecins remettent en question la stratégie de la vaccination de masse, le fait de vacciner tous les groupes de population. On l’a répété, quand on envisage une technique médicale, l’une des premières questions à se poser est celle du rapport bénéfices-risques. Si l’urgence vaccinale peut se poser pour des populations à risque dans ce contexte pandémique, en revanche les risques semblent dépasser les bénéfices pour les sujets sans co-morbidités, notamment les jeunes.

Même si les données de pharmacovigilance évoluent sans cesse, même si à ce stade on ne peut observer que les effets délétères à court terme des vaccins (les effets secondaires à moyen et long terme, 3 à 10 ans, sont eux totalement inconnus à l’heure actuelle), il est crucial de les connaître. Il faut rappeler que l’évaluation de l’efficacité et de l’innocuité (= absence d’action nuisible) des vaccins utilisés dans le cadre de la pandémie du COVID 19 est encore en cours. Il faut habituellement environ 10 ans pour s’assurer de l’innocuité d’un vaccin. À ce jour, les vaccins autorisés en Europe sont ceux des firmes AstraZeneca, Moderna, Pfizer/BioNTech et Janssen. Cependant, comme l’explique le site de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM), leur autorisation de mise sur le marché est conditionnelle, en raison de la pandémie et de l’urgence de santé publique.Qu’est-ce qu’une autorisation de mise sur le marché conditionnelle? D’une durée d’un an, c’est l’autorisation de médicaments qui répondent à un besoin médical non satisfait avant que des données à long terme sur l’efficacité et la sécurité ne soient disponibles. Les laboratoires doivent ensuite fournir les données complémentaires provenant d’études nouvelles ou en cours dans des délais fixés pour confirmer le rapport bénéfice / risque préalablement considéré comme positif par les autorités européennes. Pour se pencher sur les accidents post-vaccinaux dans le cadre de la vaccination contre le virus SARS-Cov2 en France, on peut regarder le suivi hebdomadaire des effets indésirables des vaccins publié par l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Vaccins à adénovirus: VAXZEVRIA (AstraZeneca) et Janssen

Depuis le début de la vaccination avec le vaccin Vaxzevria d’AstraZeneca, 23 018 cas d’effets indésirables ont été analysés en France. L’avis de la Haute Autorité de Santé du 8 avril 2021 explique que la survenue de cas d’évènements thrombo-emboliques graves chez des personnes vaccinées par le vaccin VAXZEVRIA a conduit plusieurs pays européens, dont la France, à suspendre l’utilisation de ce vaccin en mars 2021. Les cas observés sont survenus sept à quatorze jours après la première injection du vaccin chez des personnes âgées de moins de 55 ans dont la majorité était des femmes. Dès lors la HAS a recommandé à ce stade de n’utiliser le vaccin VAXZEVRIA que pour les personnes âgées de 55 ans et plus (en s’appuyant pour le dire sur des données britanniques en vie réelle qui confirmeraient l’efficacité du vaccin chez les personnes âgées). En tous cas, en France au 8 juillet 2021, pour 7,2 millions de doses, plus de 22 071 évènements indésirables ont été déclarés suite à ce vaccin, exclusivement par des professionnels de santé, dont 5 191 événements « graves » (soit près d’un quart du total) et 170 décès.

De même, le vaccin Janssen est réservé aux personnes âgées de 55 ans et plus. Le 5 août, le Pharmacovigilance Risk Assessment Committee (l’agence européenne du médicament), a conclu que des vertiges et des acouphènes sont associés à l’administration du vaccin Janssen. Ce vaccin serait également la cause de cas de syndrome de fuite capillaire, une affection très rare et grave qui provoque une fuite de liquide à partir de petits vaisseaux sanguins (capillaires), entraînant un gonflement principalement des bras et des jambes, une hypotension artérielle, un épaississement du sang et un faible taux sanguin d’albumine (une protéine sanguine). Le Comité évoque également les rapports d’événements thromboemboliques et d’autres affections présentant des caillots sanguins survenus suite à la vaccination. Si l’on regarde la situation française au 8 juillet 2021, l’ANSM indique que 608 489 injections du vaccin Janssen ont été réalisées, 243 évènements indésirables ont été déclarés dont 7 décès.

Vaccins à ARN messager (vaccin Cromirnaty de Pfizer/BioNtech et vaccin Spikevax de Moderna)

Qu’en est-il du vaccin à ArnM  et de ses effets secondaires graves? Actuellement, les différents systèmes de pharmacovigilance américains et européens sont particulièrement préoccupés par les cas des problèmes cardiaques, myocardites et péricardites apparus après l’administration d’un vaccin à ARNm. Ainsi, fin juin, le comité vaccination des CDC (Centers for Disease Control and Prevention) américains a publié l’analyse de 323 cas de myocardite ou péricardite confirmées, parmi lesquels 309 ont été hospitalisés. Ces atteintes cardiaques sont survenues presque exclusivement chez les garçons et le plus souvent chez des sujets jeunes (voir l’article d’Elisabeth Leca dans le Vidal, 29/07/21). Les données françaises témoignent également de l’augmentation de cas: du 28 mai au 8 juillet 2021, il y a eu 360 cas de myocardite ou péricardite confirmées, touchant surtout des personnes de moins de 30 ans. Actuellement l’Agence européenne du médicament étudie d’autres affections post-vaccinales afin de déterminer si un lien de causalité existe avec les vaccins Pfizer et Moderna: 

  • l’érythème polymorphe, une forme de réaction allergique cutanée, caractérisée par l’apparition de taches rouges et surélevées de forme concentrique;
  • La glomérulonéphrite, un trouble qui touche les deux reins et des pelotes de microscopiques vaisseaux sanguins;
  • Les cas de syndrome néphrotique qui concerne également les reins et se caractérise par un gonflement, un œdème au niveau des tissus corporels, une hypertension artérielle et la présence de globules rouges dans l’urine.

Dans une vidéo explicative, (https://gloria.tv/post/jy37UfG7yV7Q2LUmRhq2iM3Q9 ) le Dr Robert Malone, l’un des pionniers de l’ArnM, analyse des données indépendantes sur le vaccin Pfizer/BioNTech. Les chercheur·euses ont été particulièrement alarmé·es par une concentration de la cellule de lipide (enveloppe de graisse qui contient l’ArnM injectée lors du vaccin) dans les ovaires (et pas dans les testicules) et dans la moëlle épinière, ce qui veut dire qu’on peut s’attendre à des effets secondaires graves sur le long terme (de 6 mois à 3 ans) comme des leucémies et d’autres formes de cancer. D’autres phénomènes alarment les scientifiques au fur et à mesure qu’iels consultent les données en cours d’analyse sur le vaccin. « Il y a des résultats anormaux qui surgissent » déclare de Dr Malone, assez pour qu’ils demandent un arrêt de la vaccination et qu’il déclare que la protéine Spike est toxique pour l’organisme. Pour lui, le plus inquiétant est la circulation dans l’organisme de la protéine Spike, phénomène auquel les scientifiques ne s’attendaient pas. Cette circulation génère l’apparition de maladies auto-immunes sur le long-terme (l’immunodépression peut être étroitement corrélée à la survaccination et à la surmédicalisation). C’est pourquoi le procédé vaccinal nécessite du recul et des phases de test plus longues qui n’ont pas été effectuées. Il rappelle le manque de données fiables et la nécessité de respecter la liberté de vaccination, et regrette le manque de transparence des gouvernements, en particulier avec une technologie qu’il qualifie lui-même d’expérimentale. En effet, la privatisation des technologies et leur commercialisation ont évincé les procédés scientifiques de sécurité. Récemment, le Dr Malone, n’a pas hésité à s’exprimer et à prendre position contre le vaccin, dans des publications scientifiques comme dans la presse de masse. Il se distancie des pratiques industrielles et du procédé en lui-même, en rappelant que le problème ne vient pas de la technologie, mais de la façon incompétente dont elle est utilisée. Il s’est pourtant vacciné, bien avant d’avoir eu tous ces éléments critiques. Il souffre de covid long et d’effets secondaires dûs au vaccin. Etant malade du covid, il s’est soigné avec de l’Ivermectine. Ce qui est notable, c’est que ce sont des scientifiques qui ont quitté les laboratoires pharmaceutiques ayant développé la technologie ARNm qui lancent l’alerte. Comme l’ancien vice-président et directeur scientifique de Pfizer, Michael Yeadon, par exemple, qui s’alarme des effets post-vaccinaux, en redoutant un impact sur la fertilité qui n’a pas été démontré à ce jour.

Face à tous ces éléments, nous le martelons, le principe de précaution est à privilégier. Ce n’est pas l’optique du gouvernement Macron, qui annonce déjà  une troisième dose vaccinale à l’automne et la vaccination des adolescent·es à partir de 12 ans en milieu scolaire, une démarche largement risquée étant donné les effets délétères de la vaccination des adultes, qu’il reste à étudier, vérifier et comprendre. Soulignons de surcroît que les études de Phase 3 des vaccins, qui sont toujours en cours, n’ont produit des résultats que pour les personnes de plus de 16 ans. La velléité de vacciner les enfants est d’autant plus incompréhensible que, comme le gouvernement avait bien su le mettre en avant lorsqu’il fallait justifier la réouverture des écoles après les principaux confinements, ces dernier·es ont une forte protection innée anti-SARS-CoV-2, ce qui fait qu’iels ne développent que des formes bénignes de la maladie. En France, depuis le début de l’épidémie, on déplore 6 décès d’enfants de moins de 14 ans des suites du COVID 19, des enfants dont le système immunitaire était affaibli à cause de graves comorbidités. Enfin, il n’est pas prouvé que les enfants malades, majoritairement asymptomatiques comme on le sait, peuvent transmettre le virus à des adultes.

En termes de procédure maintenant, il faut noter que le formulaire de consentement lors de la vaccination ne suit pas les règles d’un consentement éclairé, il n’informe pas des effets secondaires graves. De plus, le contrat commercial avec les industriels du vaccin empêche de leur incomber une quelconque responsabilité sur le produit injecté. N’est-on pas en mesure d’exiger plus de droits et plus de transparence sur le processus? Le peuple est sommé d’obéir à des experts qui prennent leur vie en mains, en particulier dans le domaine de la santé, maintenue opaque. On peut aussi s’interroger sur la levée des brevets sur les vaccins contre le SARS-Cov2. Malgré les déclarations creuses des chefs d’états, et la gravité de la pandémie, les industries pharmaceutiques et la fabrication de leur remède miracle s’inscrit dans un processus marchand non-éthique. Le brevet est un titre qui donne le monopole d’exploitation aux firmes comme Moderna, Pfizer ou AstraZeneca. Le brevet tombe dans le domaine public après un certain temps, généralement 20 ans. Les vaccins Pfizer et Moderna utilisent la technologie nouvelle de l’ArnMessager. Or, cette technologie repose sur d’autres brevets. Même si on levait – par miracle – le brevet du vaccin, en dévoilant ainsi sa « recette », il serait impossible de le fabriquer sans la levée des autres droits de propriété intellectuelle desquels il dépend. De multiples obstacles juridiques s’opposent donc à la libération des brevets. Ces procédures prennent du temps et sont bien connues des industries pharmaceutiques.

Alors, vaccin ou pas-vaccin? Le vaccin n’est pas/plus un choix individuel/individualiste, mais politique. A ce titre, il doit mener à une discussion collective, car les informations de santé se doivent d’être publiques pour des choix conscients et éclairés. C’est uniquement possible dans un système égalitaire où l’information est transparente et rendue disponible. Nous ne sommes pas dans ce contexte. Il y a aussi un effort effrayant de transformer les individus lambdas (restaurateurs, vigiles, pharmacien·nes, caissièr·es, etc.) en relai du gouvernement dans le dispositif de contrôle et de surveillance: ceux-ci demandent aux non-vacciné·es de se faire vacciner pour la sécurité nationale, pour que la vie puisse continuer normalement, pour protéger nos proches, et lorsque nous argumentons que l’obligation vaccinale n’a rien à voir avec ces grands sentiments nous rappelant « patrie, travail, famille« , on nous traite d’égoïste prônant la « liberté individuelle ». Les arguments sont fragiles et tiennent plus du chantage que de l’intérêt collectif. Le système isole les personnes et les désinforme, ne crée pas de débat mais décide avec autorité en disqualifiant les autres discours (plusieurs stratégies pour forcer le choix en démocratie). Le système d’information ne bénéficie pas de contre-discours. C’est ce qui nous inquiète à l’heure actuelle, l’uniformisation de la pensée et le manque de critiques. L’opinion est soumise au pouvoir des médias et aux algorithmes. Sans ces informations, être pro ou anti-vaccin revient à croire ou non au vaccin, c’est une question de propagande et d’idéologie. La science et le progrès ne sont pas des religions à proprement parler, cependant ils font souvent office de croyances dogmatiques qui servent à légitimer des formes de pouvoirs. Aussi ces croyances viennent interroger nos liens avec le domaine du soin et les rapports que notre société entretient avec la nature.


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La nature n’est pas en train d’éliminer le cancer qu’est l’espèce humaine, elle lutte contre l’exploitation capitaliste. C’est cela qui s’est considérablement ralenti lorsque nous étions enfermé.e.s pendant trois mois à l’échelle planétaire. On nous a appris que nous étions menacé.e.s par la nature, que nous devions laissé mourir les faibles et les vieux. Et que si nous étions malades, nous devions rester chez nous pour ne pas contaminer les autres. Tout en attendant la piqûre magique de la science moderne car rien d’autre ne pourrait nous sauver. Et ceci en disqualifiant toutes les chercheurs et chercheuses indépendantes qui portaient d’autres propositions et analyses. Certain-e-s se sont alors peut-être aperçu.e.s que la doctrine du progrès était un leurre. Comment un pays moderne, développé et riche est incapable d’assurer un service aussi basique que celui du soin, de la santé? Comment un pays moderne, développé et riche transforme une catastrophe industrielle en aubaine?

Les industries pharmaceutiques et alimentaires ont déjà généré des dégâts sur nos corps et modifié durablement nos capacités naturelles de nous défendre, en témoignent les effets des antibiotiques sur nos défenses immunitaires et le macrobiote ainsi que ceux des substances qu’on retrouve dans les aliments transformés par l’industrie, les produits ménagers, les produits d’hygiène, de beauté, et les substances nocives dans l’air ou dans l’eau. Nous sommes composés de ce que nous mangeons et nous respirons. Nous ne sommes pas pures. Nous sommes à l’image de notre environnement. Il n’y a pas de limite aussi claire qu’on le prétend entre l’individu et son environnement. Nous évoluons avec le système qui nous nourrit et nous abreuve. Dans un monde idéal, nous sommes des êtres conscients de ces échanges et nos connaissances nous permettent de maintenir un équilibre, être en santé. Lorsque l’environnement est dans un état critique, nous le sommes aussi. Le système qui détruit la nature est le même système qui attaque nos corps. Notre vision de la nature, imposée par la modernité capitaliste, est une vision déconnectée, où la nature est une force extérieure, adversaire, qu’il faut dominer et dont il faut tirer les fruits. Une force dont l’homme moderne a dû se distancier pour mieux la dominer. C’est sur son dos et celui des femmes et des habitant.e.s des pays du Sud que le capital tire son profit, en s’appropriant les fruits de notre travail et les fruits de la planète. Pour créer une société juste et écologique, nous devons changer ce rapport à la nature et le rapport entre les humain·es. L’un ne peut aller sans l’autre. Nous ne pouvons plus envisager la nature comme une force extérieure et menaçante au risque de demeurer sous tension dans un rapport de force que nous ne gagnerons pas. La science moderne s’est maintenue entre l’individu et la nature, faisant office de savante et d’intermédiaire entre les corps. Car dans l’idéologie libérale, celle-ci doit être domptée, pesée et distillée pour être utile et administrée aux humain·es. Elle doit passer entre les mains des hommes savants pour être utile à l’humanité. Dans d’autres mains, en dehors du processus moderne, la nature est alors présentée comme dangereuse pour la vie ou obsolète, inutile. Les pratiques d’un grand nombre d’individus contredisent cette vision du monde. Depuis la « révolution » industrielle, la modernité et son système médical ont imposé une idéologie du progrès et de la domination, une idéologie de l’extermination de toute forme vivante qui ne se soumet pas au système capitaliste, qui lui résiste. Les femmes qui en savaient « trop » ont été éliminées (sorcières et sages-femmes), les populations indigènes dont on souhaitait spolier les ressources et tuer les connaissances ont été génocidées, tou-te-s celles et ceux défendant des visions du monde opposées au scientisme triomphant, ainsi que les animaux et les plantes dont on ne préserve l’existence que si elle est exploitable par le système capitaliste… Ce processus mortifère met en danger tout l’équilibre du vivant.

« Croître ou mourir » est la maxime du progrès. Depuis les révolutions industrielles, la logique qui a mené à la détérioration de notre environnement est celle d’une société en progrès constant, nécessaire et émancipateur. L’écosystème est exploité au nom du progrès, de la modernité, les mêmes concepts qui servent l’exploitation coloniale. Notre façon d’habiter le monde est régie par l’idée religieuse que la Terre fournit indéfiniment ce dont nous avons besoin. Cette phrase n’est pas fausse. Il y a assez pour nourrir, loger et guérir toute la population mondiale, mais il n’y aura jamais assez pour nourrir les ambitions d’une poignée d’insatiables. La croyance en une croissance illimitée et au progrès inexorable des humains est un fondement quasi sacré, qui n’est jamais remis en question dans le contexte néolibéral et qui nous empêche d’avoir une critique politique profonde et transformative. La croyance en la croissance illimitée engendre une consommation irrationnelle dictée par des producteurs sans éthique. Le progrès humain tel qu’il est envisagé par la modernité nécessite une nature dominée. Certes, la civilisation humaine a toujours utilisé les ressources disponibles autour d’elle. Cependant, l’industrialisation a accéléré l’exploitation, sans laisser les espaces se régénérer. Il a instauré un rapport d’altérité et de tension entre la nature et la société humaine.

Dans les discours dominants sur l’épidémie, prédomine l’idée que la nature, hostile et menaçante, est extérieure aux sociétés humaines. Il y aurait finalement une frontière à tracer entre l’humain, cet être supérieur et exceptionnel, et tout le reste du vivant. À partir des années 1960, les travaux de la microbiologiste étasunienne Lynn Margulis ont bouleversé les sciences de la vie: ses recherches analysent autrement les relations entre les différent·es acteur·ices du vivant, entre toutes les formes de vie sur terre, en dénonçant le règne de l’anthropocentrisme dans les discours scientifiques. Se considérant comme « la forme de vie la plus avancée sur la planète », les êtres humains considèrent la Terre comme un territoire conquis. Dans ce cadre, les études de l’univers des micro-organismes ont longtemps envisagé ces entités comme des formes de vie inférieures. Pourtant, Margulis montre que : « les microbes – que l’on appelle aussi micro-organismes, germes, protozoaires et bactéries, selon le contexte – non seulement constituent le jeu de construction de la vie, mais aussi sont présents dans toutes les structures vivantes de la planète, auxquelles ils sont indispensables » (Margulis, 1989, p. 18).

La biologiste remet en cause la vision darwinienne de l’évolution, envisagée comme une compétition entre espèces. Alors que Charles Darwin et toute la tradition néo-darwinienne parlent de conquête, de combat et de prédation, en affirmant que l’évolution nécessite une sélection des espèces les « plus aptes », Margulis montre que la nature s’organise aussi à travers des coopérations entre les multiples formes de vie, sous formes de réseaux et d’interactions. En réalité, « la division fondamentale entre les formes de vie sur Terre ne réside pas entre les plantes et les animaux, comme on le croit communément, mais entre les procaryotes – les organismes composés de cellules sans noyau, c’est-à-dire des bactéries – et les eucaryotes – toutes les autres formes vivantes » (Margulis, 1989,19). Dans l’organisation du vivant, c’est l’entraide et la symbiose qui dominent, non pas la lutte et la domination comme l’envisage une vision capitaliste autodestructrice et morbide. Ainsi, la fusion entre les organismes pour donner naissance à de nouvelles formes de vie est un mécanisme fondamental du changement sur la planète. Depuis la découverte de l’ADN, on a compris que la cellule vivante se reproduit et mute pour survivre au changement. Les corps humains sont eux-mêmes le produit de la symbiose, ils interagissent en permanence avec le microcosme et dépendent de lui : « les [êtres humains] coexistent avec les microbes d’aujourd’hui et ils abritent les restes des autres, symbiotiquement intégrés à l’intérieur de leurs cellules. De cette manière, le microcosme vit dans [l’être humain] et [l’être humain]  en lui » (Margulis, p. 24).

Pourquoi cette notion d’alliance symbiotique entre les êtres en développement nous intéresse dans le cadre d’une réflexion sur une pandémie? Les théories scientifiques et les politiques inspirées par le darwinisme envisagent les microbes comme des ennemis et appellent à la « guerre » contre le virus, comme Macron l’a martelé lors de l’annonce du premier confinement contre l’épidémie du COVID 19 le 16 mars 2020. En s’articulant sur des notions de Bien et de Mal, qui sont des représentations culturelles complètement inopérantes dans l’organisation du vivant, et sur des stratégies de combat et de conquête, ces visions idéologiques du monde sont simplistes et dangereuses. Le darwinisme social, l’idée que l’évolution est une lutte où seul·es survivent les plus aptes, a permis au système capitaliste de défendre son système d’exploitation et de domination des « forts » sur les « faibles » en disant que cela correspondait aux lois de la nature. Rien de plus faux: dans la nature il n’y a pas d’organismes qui « gagnent » sur d’autres, et il est vraiment illusoire de penser que l’on peut remporter une « victoire » sur les virus, les bactéries et les parasites pathogènes. Pour ne pas s’enfermer dans des idéologies scientistes orientées vers la conquête impérialiste, il est nécessaire de changer de regard sur la maladie et notamment sur la maladie virale.

Transmis par voie aérienne, par l’eau, par les contacts ou encore par les insectes, les virus sont souvent considérés comme de purs « poisons », des prédateurs absolus au but uniquement morbide qui utilisent une cellule vivante pour se reproduire, attaquer les cellules voisines et se répandre dans tout l’organisme. Associant un génome, des protéines, une enveloppe, comme les cellules vivantes, les virus ne sont généralement pas considérés comme des êtres vivants mais plutôt comme des porteurs d’information, qui pénètrent toutes sortes d’organismes en vie, des mammifères aux champignons et aux bactéries. Si comme le dit Margulis, l’histoire de la vie sur Terre est fondée sur la symbiose, si ce sont les notions de coopération et d’alliance qui sont pertinentes pour l’observer, il faut peut-être cesser d’envisager les milliards de virus que nous avons côtoyé, que nous côtoyons et que nous allons côtoyer comme des ennemis. Le fonctionnement « normal » du virus n’est pas de tuer, comme l’affirment de nombreux discours néo-darwiniens. Un virus peut intégrer une cellule sans déclencher une maladie: il s’installe dans le génome de l’hôte et peut rester silencieux des années ou même des générations. Il peut aussi « demeurer présent dans certains organes sans s’intégrer au génome et sans provoquer de symptômes ni de réaction immunitaire » (Ancelet, Pour en finir avec Pasteur, 1998).  Il semble que le virus ne s’active que lorsque l’organisme est soumis à un stress, un conflit, un risque, une instabilité. Peut-être que la fonction principale de l’immunité n’est pas de défendre l’organisme contre une attaque mais plutôt d’assimiler l’information communiquée par le virus. Le sociologue et anthropologue Daniel Napier émet l’hypothèse suivante: « le langage utilisé pour décrire le monde des microbes, ainsi que

les modèles sociaux militaristes omniprésents dans l’histoire de la microbiologie – ont eu un effet négatif sur l’histoire de la vaccinologie. Cette idée permet de mieux comprendre l’histoire et l’état actuel de cette discipline. La quasi-absence en vaccinologie de la métaphore de l’assimilation dans la description des activités microbiennes est surprenante quand on considère l’importance et la nouveauté des découvertes de Pasteur. Elle est encore plus surprenante quand on prend conscience, d’un point de vue anthropologique, que

l’incorporation de quelque chose d’étranger est rendue avec beaucoup plus d’exactitude comme assimilation que comme élimination d’un agresseur ».

Dans une réflexion autour de la crise du COVID, intitulée « Pluribiose. Vivre avec les virus. Mais comment ? », l’anthropologue des sciences Charlotte Brives explique de la même manière qu’« un parasite strict ne peut être pensé sans son hôte, dans la mesure où son existence est rendue possible par les relations qu’il instaure avec lui ». Il faut donc se pencher, dit-elle, « sur les devenirs que les humains partagent avec les virus ».

En disant cela, Charlotte Brives rend hommage à la pensée d’une génialissime philosophe des sciences et théoricienne féministe étasunienne, Donna Haraway. Dans son récent livre Vivre avec le trouble (traduit en français en 2020), celle-ci propose de dépasser une simple vision pessimiste des conséquences irrémédiables du capitalisme. Contre un défaitisme cynique, elle invite à « faire-avec »pour apprendre « à vivre et à mourir sur une planète endommagée », à créer d’autres généalogies et de nouvelles alliances. Avec elle et Lynn Margulis, nous devrions envisager les micro-organismes comme des espèces compagnes de tout être vivant.

Les êtres vivants de la Terre ont toujours vécu avec les virus. Dans l’histoire, les êtres humains ont plus souvent cohabité avec ceux-ci plutôt que ne les ont erradiqués. Ainsi, au contact des pathogènes, les corps humains se sont renforcés et ont résisté. On peut penser au staphylocoque doré, une bactérie présente dans le nez d’environ 30% des humains mais qui ne provoque des infections que lors de circonstances spécifiques, « de crise », comme une opération chirurgicale. Il y a aussi le virus de l’Herpès 4 (virus d’Epstein-Barr), très commun, présent durant toute la vie chez 90% des personnes adultes sans entraîner aucun symptôme, mais qui, lorsque l’organisme est affaibli, peut déclencher une mononucléose infectieuse ou participer à l’apparition de certains cancers. Lorsqu’il se propage, ce virus utilise le système immunitaire, pourtant censé faire office de défense. Maintenir des cloisons protectrices, infranchissable, face aux microbes n’a donc pas vraiment de sens: Charlotte Brives, notamment, rappelle que selon les connaissances actuelles, 5 à 8 % de notre ADN est d’origine virale, « c’est-à-dire issu de la fusion, à un moment donné ou à un autre de l’histoire évolutive des espèces, du matériel génétique d’un virus avec une cellule hôte « infectée »». Cet ADN d’origine viral c’est comme une archive des infections passées, une mémoire de ces interactions entre entités.

Alors, dans notre monde en ruines et en flammes, comment faire avec, fabriquer avec, vivre avec d’inévitables maladies et en particulier avec le COVID 19? La première chose c’est peut-être de penser autrement la maladie, de porter sur elle une vision globale, holistique, spirituelle, politique. Il s’agit d’abandonner le désir prétentieux d’éliminer les agents pathogènes. Il s’agit d’envisager la maladie non pas comme un ensemble de symptômes, mais comme une forme de rupture, de déséquilibre qui touche l’individu de manière globale, et dont les causes sont à la fois environnementales, sociales, physiques, psychologiques… Dans le cas du COVID 19 où les symptômes sont polymorphes, différents selon les individus et peuvent perdurer dans le temps après la rémission, une approche globale et individualisée semble essentielle, à contre-courant d’un système de santé qui cherche des solutions de masse, plus rentables dans l’immédiat. Le problème de la vaccination de masse, outre le fait qu’il s’agit surtout d’une affaire de profit pour les laboratoires pharmaceutiques, est qu’elle est réalisée sans tenir compte des différents contextes socio-économiques, de l’environnement ou encore de l’état de santé des personnes (puisque l’on ne tient pas compte des contre-indications).

Plus que d’une révolution, nous avons besoin d’une mutation.Aujourd’hui le pass sanitaire, en fait le vaccin, l’obligation vaccinale opère comme un chantage pour le retour à une vie normale. Nous pensons que nous ne reviendrons pas à une vie normale. Tant mieux ou pas, car la nécessité d’une transformation se fait ressentir. Parmi les changements structurels dont nous avons besoin, celui de notre rapport à la nature est fondamental pour construire une société écologique, car ce sera la seule société capable de survivre aux changements brusques de son environnement. La « nature« , concept construit comme extérieur à l’homme et en tension avec sa survie, a émergé dans un contexte patriarcal et colonisateur. Les exigences de croissance sont opposées à l’écologie. L’écologie est le maintien de l’équilibre et de la vie. Nous devons reconnaître que le progrès tel qu’on nous le propose ne mène pas à préserver la vie sur Terre, mais à préserver un empire qui s’effondre sur lui-même, écrasant d’abord ceux qui soutiennent la pyramide. Notre environnement – que nous avons détérioré massivement – nous signifie que pour survivre, nous devons trouver une alternative à la doctrine de la conquête et de la domination, et ceci, de façon urgente et durable. Il nous faudra bien plus qu’un capitalisme vert et des voitures électriques pour opérer une transformation en profondeur. Il nous faut absolument sortir de la fiction que nous avançons toujours dans le sens de la croissance et de l’égalité pour toustes. La confiance en l’Etat-nation et en la science pour résoudre tous nos problèmes n’est pas seulement une perte de temps mais une menace pour d’autres possibles.

On ne peut affirmer qu’il y a eu progrès depuis la révolution industrielle. Les désastres actuels révèlent même tout le contraire: des milliers d’espèces disparues, des milliards d’individus massacrés et colonisés, des écosystèmes ravagés. Toutes ces conséquences irréversibles pour que l’espèce humaine augmente globalement son espérance de vie, et qu’une minorité d’humains goûte au confort moderne? D’autant plus que l’on constate aujourd’hui que le confort moderne ne mène pas au bonheur, mais charrie l’individualisme et la dépression. Est-ce cela le progrès? La modernité nous fait croire que le progrès fabrique de la liberté, de l’égalité et de la santé, alors qu’en réalité il fabrique des clones, des citoyens-travailleurs-reproducteurs aliénés et des consommateurs intoxiqués. Plusieurs médecins ont rappelé à juste titre que le premier vaccin est notre système immunitaire. L’échange naturel avec le virus. Si cet échange révèle une chose c’est que notre mode de vie industriel a fait de notre système biologique un terreau pour les maladies. Nous sommes en déficit bactérien, en carence, soumis à des maladies chroniques dont on ne connaît même pas les causes et nous prenons régulièrement des panacées toxiques vendues comme des remèdes. C’est sur ce terrain que vient se développer le virus et tester notre capacité à muter.

La technologie est censée faire progresser l’humanité. Son rôle est d’améliorer la vie, répondre aux besoins de base. Le système de pouvoir utilise la technologie pour renforcer la domination des privilégiés, et répondre à leurs besoins avec un coût écologique et humain sans limite. Dans les sociétés de contrôle, la science est passée d’une discipline critique à un outil de contrôle. Science et technologie sont des outils de domination servant ceux qui les financent. La science est dirigée. Elle n’est pas apolitique. Elle a servi à justifier la domination raciste ou sexiste. Quand la science et la technologie sont instrumentalisées, c’est le système de pouvoir et la volonté de contrôle total qui doivent être critiquées. Il est possible de séparer la technologie du contrôle libéral. Que serait une technologie vivante, qui travaille avec la nature, à l’émancipation des individus ? Peut-on imaginer une technologie qui accompagne les processus naturels et qui libère les humains du travail, par exemple ? Nous voulons sortir de ce monopole et exiger la pluralité des savoirs: scientifiques, intuitifs, traditionnels, spirituels, matériels et populaires, ainsi que leur libre circulation dans le but de créer une société éco-logique.

Quelles solutions envisagées pour soigner notre société? La question est un chantier – même plusieurs chantiers – éternellement ouverts. Nous pensons que nous avons déjà des solutions en germes, celles dans nos passés et celles qui se tissent dans le présent. Nous pensons que nous manquons d’organisation, de réseau, d’espaces de résistance. Notre contexte est exigeant, car il nous demande de réfléchir et d’agir en même temps, de démanteler un système tout en construisant des alternatives. Nous avons les ressources pour le faire. Plusieurs signes de nécrose nous font penser que le système s’écroule de lui-même. L’enjeu est qu’il ne nous emporte pas avec lui.

Nous pouvons penser, rêver, micro-construire une société libre, nous ne pourrons le faire sans un système de soin puissant et transformateur. Nous devons réfléchir aux moyens de nous réapproprier des technologies sans les diaboliser. Parce que beaucoup d’entre nous en ont besoin. Parce que nous devons penser cette future société sans biais validiste, sans sacrifier une part de nos camarades, sans eugénisme, sans darwinisme. Les communautés marginalisées ont déjà des savoirs auxquels il nous faut faire confiance. Pendant cette crise, nous avons peu, voire pas du tout entendu les malades, les vieux, les vieilles, les sacrifiables. Ils ne faisaient que partie de suites de chiffres. Nous avons besoin que les marginalisé-e-s partagent leurs expériences, au même titre que les médecins, les chercheur·euses, les soignant.e.s. Dans cette période, qu’iels continuent à alerter, à nous informer et partagent avec nous les outils de résistance qu’iels ont développé. Nous avons besoin de leur complicité pour qu’iels trahissent cet ordre capitaliste et hiérarchique.

Individuellement et surtout collectivement, nous voulons continuer à planter, infuser, diffuser. Un grand nombre d’expériences de soins nous rappellent que les plantes sont puissantes et que l’alliance avec la nature à travers elles peut nous aider à construire une autonomie face au système de santé néolibéral. Ce lien n’est pas neuf, il est présent depuis des millénaires dans nombre de cultures.

Nous croyons que l’impératif d’un changement est présent à de multiples endroits, sous des formes diverses. Nous ne savons pas tout et nous en sommes ravies! Nous rêvons de grèves ouvrières et féministes, de révoltes anticolonialistes et de révolutions intérieures aussi. Nous savons la précarité et la violence. Nous savons les symptômes, mais plus que de les effacer, nous voulons déraciner les maux. Nous pensons que la transformation passe par la guérison et le soin, ceux de nos traumatismes, ceux de nos corps, ceux de nos communautés, comme ceux du vivant. Le soin « comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie ». (Berenice Fisher et Joan Tronto, Un monde vulnérable : pour une politique du care).

Ressources (liste non exhaustive)

Livres et articles

  • Anna Tsing, Le champignon de la fin du monde. Sur les possibilités de vivre dans les ruines du capitalisme, La Découverte, 2017.
  • Anne-Marie Moulin (dir.), L’aventure de la vaccination, Paris, Fayard, 1996.
  • Barbara Ehrenreich et Deirdre English, Sorcières, sagesfemmes et infirmières : une histoire des femmes soignantes, Paris, Cambourakis, 2016.
  • Barbara Stiegler, De la démocratie en Pandémie. Santé, recherche, éducation, collection Tracts (n°23), Paris, Gallimard, 2021.
  • Berenice Fisher et Joan Tronto, Un monde vulnérable : pour une politique du care, La Découverte, 2009.
  • Charlotte Brives, « Pluribiose. Vivre avec les virus. Mais comment? », Terrestres, 1 juin 2020, https://www.terrestres.org/2020/06/01/pluribiose-vivre-avec-les-virus-mais-comment/
  • D. Leloup, « Choix du vaccin : cinq experts liés à GSK », Politique, revue de débats (revue disponible en ligne : http://politique.eu.org), n° 67, 2010.
  • Donna Haraway, « Savoirs situés: la question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle », [1988], in Manifeste cyborg et autres essais : sciences, fictions, féminismes,  Paris, Exils, 2007, p. 108-135.
  • Donna Haraway, Manifeste des espèces compagnes. Chiens, humains et autres partenaires, [2003], Paris, Flammarion, 2019.
  • Donna Haraway, Vivre avec le trouble, [2016], Paris, Éditions Des mondes à faire, 2020.
  • Edwige Batisse, L’aluminium, un produit dangereux pour la santé présent en thérapeutique et en cosmétique : mythe ou réalité ?, thèse de doctorat en sciences pharmaceutiques, Université de Lorraine, 2014.
  • Éric Ancelet, Pour en finir avec Pasteur : Un siècle de mystification scientifique, Résurgence, 1998.
  • Guillaume Lachenal, Le médicament qui devait sauver l’Afrique : un scandale pharmaceutique aux colonies, Paris, la Découverte, 2014.
  • Jacques Pépin, Aux origines du sida. Enquête sur les racines coloniales d’une pandémie, Seuil, 2019.
  • Jean-Baptiste Fressoz, « Comment sommes-nous devenus modernes ? Petite histoire philosophique du risque et de l’expertise à propos de l’inoculation et de la vaccine, 1750-1800 », dans Sezin Topçu, Cécile Cuny, Kathia Serrano-Velarde(dir.), Savoirs en débat : perspectives franco-allemandes, Paris,L’Harmattan, 2008, p. 197-225.
  • Jean-Baptiste Fressoz, « Le risque et la multitude. Réflexion historique sur l’échec vaccinal de 2009 », La Vie des idées , 16 mars 2010,  https://laviedesidees.fr/Le-risque-et-la-multitude.html.
  • Jean-Paul Bado, Médecine coloniale et grandes endémies en Afrique, Karthala, 1996.
  • Jean-Philippe Chippaux, Pratique des essais cliniques en Afrique, IRD Éditions, 2004.

Docus et podcasts

  • Christian Vélot, Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie Génétique, COVID-19 : Les Technologies Vaccinales à la loupe, vidéo d’information, 26 décembre 2020, https://youtu.be/tYwCxe9gvQY
  • Maladies à vendre, documentaire de Anne Georget, Arte Thema, Novembre 2011, 52 min.
  • Malaria Business, documentaire de Bernard Crutzen, 2017, 70 min.
  • Big Pharma, labos tout-puissants, documentaire de Luc Hermann, Arte, 2020, 88 min.
  • Série De la plante au médicament, LSD. La Série Documentaire, France Culture, 2017.

Sites

Ce texte a été rédigé par Gemma Locker et Metrodora, dans l’urgence de la colère, en partageant nos connaissances, en lisant et en échangeant avec plein de gentes, dans une démarche de réappropriation des savoirs.

Nous allons continuer à faire évoluer ce zine au fur et à mesure. Du coup si vous voulez partager des réflexions, propositions, références ou critiques, vous pouvez nous écrire à remedesetpoisons@riseup.net

Le zine est également en ligne sur le blog remedesetpoisons.wordpress.com


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